Les transitions

Tout doucement, en cette fin du mois de novembre, nous transitons de l’automne à l’hiver. Puis ensuite vers une nouvelle année calendaire. Et encore après … nous sommes toujours dans une transition et dans un éternel mouvement en avant. C’est ce qui résume bien notre société : ce souci constant d’être dans un calendrier, dans le mouvement. Une pseudo dynamique, une projection en avant.

Nous vivons un temps qui déjà n’existe plus puisqu’il est passé. C’est là LE problème fondamental de la société : nous ne sommes plus. La performance – économique, sociale, sportive – est source de souffrances car il est toujours difficile pour un être humain d’atteindre cette « perfection » sans y laisser quelque chose et d’abord sa propre personne aussi bien physique que spirituelle et morale. Nous nous épuisons. Comme nous épuisons la Terre.

Et c’est pourtant dans les transitions que réside le GRAND SECRET, la solution. La transition est source de puissante en ce qu’elle demande encore plus de présence, cet ici-et-maintenant qui est tellement évoqué un peu partout (car c’est très à la mode, ne pensez-vous pas ?).

En yoga, le professeur essaiera dans tous ces cours de faire prendre conscience aux pratiquants d’être toujours là dans la posture. Ici et maintenant. De penser à son ancrage et sa stabilité. A se soutenir avec la respiration. A sentir la posture.

C’est la même chose au cours d’une méditation ou d’un yoga nidra. Ce qui compte, c’est d’être DANS sa conscience.

Et pourtant, on peut affiner sa pratiquer, la raffiner (j’aime bien ce mot qui implique de délaisser tellement d' »impuretés »). Développer sa présence dans les transitions. Etre là dans la transition. Bouger dans une véritable conscience de l’instant, de son corps de sa disposition mentale, dans la subtilité du prana et de sa lumière intérieure. Transiter de virabhadrasana II (guerrier 2) à uttitha trikonasana (triangle) puis à uttita parsvakonasana (angle étiré) ne demande pas seulement de veiller à l’alignement de son corps. La conscience du mouvement et de la présence crée une musique interne, un mouvement de joie profond qui prend le corps. Une jouissance intérieure. Vous sentez la beauté en vous. Vous ressentez le prana, ce souffle de vie qui est au delà de la simple respiration (Porté par le prana de Anne Nuotio). Vous êtes en communion avec vos cellules.

Il n’y a pas de mystique dans ce que j’écris. Il n’y a pas non plus d’ésotérisme. Mais simplement un vécu possible avec bien entendu de la pratique mais surtout de l’attention. La transition est peu être ce qu’il y a de plus « excitant » dans le yoga. Vous sentez alors la joie, ce sentiment très pur que je place bien au-dessus du bonheur, sentiment inconstant, éphémère et quasi inatteignable qu’on s’obstine absolument à atteindre (je vous renvoie à l’excellent ouvrage de Frédéric Lénoir La puissance de la joie et à la description romancée de la philosophie de Spinoza à ce sujet dans Le problème Spinoza de Irvin Yalom).

Il est certain que lorsque vous commencez le yoga, votre attention sera tournée sur la façon de faire la posture, et d’abord pour ne pas vous blesser. Ensuite, votre attention sera tournée sur la respiration pour être dans la posture. Vous serez dans un premier état méditatif. Puis, progressivement vous lâcherez cette conscience pour être. Cet ETRE sera dans toute votre pratique. C’est à ce moment là que vous comprendrez ce que je veux dire. Le yoga devient une drogue en ce que le corps ne peut plus s’en passer mais aussi la tête. Non pas pour se soigner et s’offrir un moment de bien être mais parce qu’une étincelle se sera allumée.

Parfois, elle s’éteint : alors il faut tout reprendre et retourner en Soi.

Cette transition a aussi une grande importance en yoga nidra. Quand vous êtes dans turya, ce quatrième état de conscience ( voir Les états modifiés de conscience), qui transcende les 3 états de conscience que nous connaissons tous (Eveil, Rêve et sommeil profond), il convient alors d’affiner encore plus sa conscience dans les transitions entre tous ces états. Qui suis-je dans ces états de conscience ? Que suis-je ?

Passé, présent et futur n’existent plus. Microcosme et macrocosme se confondent. Il n’y a plus de souffrance. Il y a une joie profonde. Il y a tout et il n’y a rien (voir Etats de conscience, Mandukya Upanishad et le mantra OM ). Il n’y a rien et il y a tout.

Je vous invite à être plus présent dans vos transitions. Dans le yoga, dans votre vie quotidienne entre sommeil et réveil, entre chacune de vos activités. Vous poser simplement là et observer. Arrive alors la conscience et s’ouvre devant vous la voie du Guerrier Pacifique : facile à écrire, plus compliqué à mettre en œuvre dans sa vie, mais là est l’essentiel.

Il faut vénérer l’Âme qui est faite de la pensée, dont le corps est souffle, la forme lumière, l’être espace. (Hymne à l’âtman (Shatapatha-Brâhmana : 10.6 ), sq. 2 dans « Sept Upanishads », Collections « Points Sagesses », le Seuil, 1999 traduction Jean Varenne)



Catégories :Réflexions

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6 réponses

  1. Tiens, encore un bel article, proche des thèmes qui me tiennent à cœur. Merci! J’avais moi-même rédigé un billet sur le même thème: https://atmaprana.wordpress.com/2017/09/06/honorons-les-transitions

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Rétroliens

  1. Pourquoi faire des postures avancées ? – Le blog yoga de Caro Caro
  2. Bhoga ou la jouissance de la vie | Le blog yoga de Caro Caro
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