Pourquoi faire des postures avancées ?

La posture avancée est souvent le Saint Graal des pratiquants de yoga. Rares sont les personnes qui ne cherchent pas à réaliser un poirier (handstand ou ado mukhavrksasana), la sirène (mermaid pose ou eka pada raja kapotanasana)… Pourquoi ? A quoi cela sert-il de se contorsionner, de s’étirer dans tous les sens ?

La réponse la plus facile reste le jeu de l’EGO et de la performance. C’est vrai, les fausses perceptions que nous avons de notre environnement extérieur et de l’idée que l’on se fait de qui on est à travers une apparence conduisent tout le monde, un jour ou l’autre, à chercher une posture avancée. Cela fait partie de ces vrtti (vrttayah pancatayyah klistaklistah, Yoga Sutra I.5) qui nous voilent notre véritable identité.

Qui on est quand on fait un poirier ?

La réponse est : personne. Ou plutôt, si on va au fond des choses, on est. On EST. Parce qu’on est ICI et MAINTENANT. Mais avant d’arriver là, le pratiquant aura parcouru un chemin pour modifier cette perception. J’y viens.

Au départ, on veut impressionner. Impressionner son prof (qui en fait n’en a cure), les autres pratiquants, et soi-même. Dans ce faire, notamment vis à vis des autres, il peut même y avoir une forme de violence. Pourquoi ressentir une jouissance face aux autres quand on réussit une posture avancée ? On est alors dans un positionnement de domination, bien loin de l’esprit du yoga. Cependant, il faut bien admettre que cela existe. Et c’est un point de départ.

Jouer avec son EGO va faire partie du chemin, pour la plupart des pratiquants, dont je suis. On veut se prouver qu’on est puissant physiquement, résistant, qu’on est performant et donc qu’on est « bien ». Ensuite, au fur et à mesure qu’on affine sa pratique, le ressenti diffère. Pratiquer des postures avancées, les travailler, nécessite une connaissance de plus en plus aiguë de son corps, de ses perceptions extérieures et surtout intérieures, de ses transitions  dont je parlais dans un précédent article (cf Les transitions, mon article précédent). Il ne s’agit plus de performance physique et sportive. Il s’agit d’observer comment son corps physique réagit, comment son corps pranique agit (cf Les koshas : nos enveloppes).

On devient l’observateur.

Ce n’est plus CITTA, le mental, mais CIT, la conscience, l’ETRE, qui est aux commandes. La posture avancée devient alors le reflet de la puissance de son observation, de la façon dont le prana s’installe dans le corps, de la façon dont on s’absorbe, se résorbe, se pose, là, dans l’instant. C’est le moment de s’observer, de s’aimer et de s’accepter.

Qu’est ce que je ressens dans un adho mukha vriksasana ou poirier ? Suis-je en état de béatitude ? Extatique ? Ai-je des craintes ? Comment est ma respiration ? Comment sont mes organes internes ? Comment est-ce que je réagis ? Et mon mental ? Je me parle ? M’encourage ? Me critique ? Je fais ça devant des gens ? Seule ?

Cette posture pour moi est symbolique : je ne sais plus la faire. Je l’ai déconstruite. J’ai peur quand je la fais, je me fais mal et je me tends. Je sens qu’à l’intérieur cela n’est pas extraordinaire. Mes trapèzes, scalènes sont hyper tendus. Mes épaules se bloquent. Pour moi, cette posture est stressante. Alors je ne la pratique plus pour l’instant. Je l’observe et je m’observe intérieurement. Même dans le non faire, je fais. J’ai appris à me connaître, à déceler les petits points de déclenchement d’une réaction corporelle et/ou psychique : un trigger point. Je ne prétends pas pour autant tout sentir et avoir une solution miracle. En revanche, le fait de ne pas réussir pour moi cette posture avancée m’a fait progresser.

A l’inverse, je « réussis » des variations de bakasana, crane pose ou le corbeau / grue. Là les sentiments sont différents. Il y a de l’émotion. Je m’envole, au sens littéral du terme. Je me sens légère, décontractée, intérieure. Je me sers de la terre et de l’air. Je trouve un équilibre subtil entre ces 2 éléments. Je suis bien. Pas de perturbation mentale, un cit stable, un prana circulant dans tout le corps. D’ailleurs, quand je ne parviens pas à faire cette posture, c’est que je suis lourde. Je ne parviens pas à faire parce qu’une posture ne pas pas être faite elle doit être. La présence est l’élément clé. La présence ne signifie pas que le mental réfléchit. Ce n’est pas être présent. Être présent c’est d’abord de l’équilibre, du silence, de l’énergie et une ouverture.

La posture avancée devient une espèce de météo de son espace intérieur.

L’ESPACE.

L’espace c’est aussi la grande découverte de ces postures avancées. De toutes les postures. On est stable et équilibré (« sthira sukham« ) dans toutes les postures quand on a créé de l’espace et qu’on ne s’est plus ratatiné sous les regards, les pensées, les paroles. Le SOI (ou le vrai MOI) a pris sa place.

L’espace … c’est symbolique. On crée de l’espace en SOI(T) et en même on EST dans l’espace. L’infiniment grand rejoint l’infiniment petit. On est ici et partout. On fait partie de l’univers. On a trouvé sa place. Cela ne se réfléchit pas, cela se vit. On trouve l’espace quand on a enfin lâché le mental. C’est un chemin, ce que j’appelle « la voie du guerrier pacifique », une initiation (j’en profite pour renvoyer à la lecture du livre de Dan Millman Le Guerrier Pacifique).

Bien entendu, c’est très important et TELLEMENT, on ne se lance jamais dans une posture avancée sans avoir échauffé son corps. On ne se fait pas mal (n’oubliez pas ahimsa, la non violence, déjà, à l’égard de soi). On adapte les postures au regard de l’état physique de son corps. On respecte son intégrité, on se respecte. On vit sa posture et pas celle de la star du yoga ou des magazines (qui a mon sens sont en train de faire la même chose que les magazines féminins, nous culpabiliser !). On est en paix.

Hari OM tat sat

SHANTI. SHANTI. SHANTI



Catégories :Pratiques

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17 réponses

  1. Merci pour cet article! Je suis tombée dans tous les écueils que tu décris. A présent que je ne pratique plus qu’à la maison (à part un stage ici ou là), je me rends compte que ma pratique s’approfondit tranquillement. Je recherche beaucoup plus l’état de « sthira sukham » que la performance. De toute façons, j’ai l’impression qu’à partir d’un certain moment (âge?), on doit vraiment écouter notre corps. Par exemple, pour moi qui ai les cervicales fragiles, les postures sur la tête ne sont pas recommandées du tout. On adapte, on adapte et on se trouve…

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    • Oui !!! C’est tout à fait. Cette conscience du corps arrive avec la maturité. Et puis après on ne cherche plus que ça. J’avoue que c’est extraordinaire. Une autre dimension parfois vertigineuse mais source de joie et de vrai plaisir. Je sens que je lâche tout le reste progressivement et c’est ce que je te souhaite. Pour les cervicales effectivement il fait faire hyper attention et déjà travailler en douceur pour relâcher les tensions du cou. Les équilibres sur la tête sont à proscrire mais tu peux retrouver des sensatio s similaires avec d’autres équilibres. A toi de découvrir ceux qui te conviennent. En tous les cas très heureuse que mon article t’ai plu et ai résonne en toi. Pour moi c’est top !! NAMASTE 🦅🎶

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  2. Super intéressant et instructif. Je suis très content d’avoir rencontré diva yoga. Maryse lehoux qui m’a fait rencontrer mamoune et tout le groupe ! Depuis le 4 juin 2017. Je pratique tt les jours… Anti stress au début et maintenant ça fait partie de ma vie ! Namasté à tout ceux qui liront mon petit mot.

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    • Merci Jean Michel. Diva Yoga est une prof très pro très douce et j’aime beaucoup son approche et sa vision du yoga sans superflu . Bravo pour la constance c’est ce qui est le plus dur en définitive et quel changement dans la vie. Le yoga est devenu une drogue et un éternel sac d’observations de ce que je suis et pense. Pas toujours reluisant… continue bien ton beau chemin ! Namaste 🙏🕉

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  3. J’adhère ! très bonne analyse, je partagerai sur ma page 🙂

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  4. La notion de posture avancée n’existe que dans la tête de celui qui l’évoque pour lui et n’existe absolument pas dans la tradition du yoga, que ce soit hatha ou raja yoga. Dans la tradition du yoga, seule 4 postures sont importantes, dont 3 assises et 1 énergétique. L’assise, asana, posture stable et agréable, dans la durée… qui se compte en unité de 24mn la gatika

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    • Merci Lisa pour les précisions. Et votre analyse est juste : la posture avancée telle que décrite n’existe pas en yoga. Cependant, même en hatha (raja je ne suis pas sûre), sirsasana est très utilisée. Pour moi (et je précise bien pour moi) cette posture est avancée et peut être d’un point de vue bio mécanique dangereuse pour les personnes souffrant de compression vertébrale (je m’égare un peu…). Toujours est il que dans une grande partie des cours + magazines + photos + réseaux sociaux + livres contemporains, ce sont ces postures que j’appelle avancées qui sont mises en avant et qui séduisent beaucoup de monde (et je m’inclus dedans …). 🌸🌺

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