les vrttis et les kleshas… tranche de vie à travers le yoga

Il y a des périodes de vie où nous sommes dans des transitions. Qui dit transition, dit fin de quelque chose et début d’autre chose.

Ces moments peuvent être source de stress et d’angoisse et peuvent amener à se poser de multiples questions, à perdre confiance voire perdre pied parfois. Il en est ainsi de la quarantaine pour certains.

La fin de quelque chose, c’est une petite mort. Il faut réussir à en faire son deuil, à tourner la page. Cela peut être le deuil d’une personne suite à son décès ou parce qu’elle sort de votre vie. Le connu devient inconnu. Et l’inconnu, aussi mystérieux soit-il, est un point d’interrogation. On sort alors de sa zone de confort. Et l’être humain aime rarement sortir de sa zone de confort.

Par exemple, vous changez de chef ou de boulot. Vous ne savez pas avec qui vous allez travailler. Ce sera peut être mieux … ou pire …

Pour ma part, je suis donc en période de transition : mon fils va quitter le cocon familial pour poursuivre ses études supérieures, loin, très loin de la maison. Mon supérieur hiérarchique a changé (et déjà je sens à travers des petites choses que cela va être dur). Dans une quinzaine de jours, je ne donne plus de cours de yoga. Bref, ma vie change (sans parler du fait que la planète change aussi).

Si je veux me faire peur, je peux me concentrer et imaginer le futur : il sera OBLIGATOIREMENT NÉGATIF, le passé étant l’âge d’or, c’est bien connu.

Cependant, je ne considère pas l’avenir comme un nouveau départ. c’est une continuation. Je bifurque simplement. Mon présent est la résultante de mon passé. Il n’y a pas de rupture franche mais plutôt un coude avec de nouvelles perspectives.

Le yoga m’a appris cela : au delà de calmer les vrttis de Citta (Yoga Sutras I,2 de Patajanli Yoga Citta vritti nirodah), le yoga permet de tracer une vie tout en continuité. La vie n’est pas tout le temps facile ? C’est vrai. Pour autant faut-il céder à la panique ?

La vie n’est pas permanente : il y a une chose dont on est sûr, c’est qu’on va mourir. Faut il s’angoisser outre mesure ? Cesser de faire quoique ce soit par peur ?

Au-delà de ces interrogations, pourquoi notre mental produit-il ces perturbations (les vrttis) ? D’où viennent-elles ?

Patanjali mentionne cinq sortes de vrttis (vr̥ttayaḥ pañcatayyaḥ kliṣṭākliṣṭāḥ // pramāṇa viparyaya vikalpa nidrā smr̥tayaḥ YS I, 5-6) :

  • pramāṇa: jugement valide ou connaissance objective basée sur l’expérience ou l’expérimentation;
  • viparyaya: jugement erroné ou connaissance non objective qui ne repose pas sur l’expérience ou l’expérimentation;
  • vikalpa: conceptualisation ou connaissance indirecte basée sur la parole, les mots ou encore l’imagination qui ne s’appuient pas sur la réalité;
  • nidrā: sommeil, somnolence mais aussi perte de l’attention;
  • smṛti: impressions accumulées dans le citta mais aussi appel à la mémoire.

Les vrtti, douloureux et non douloureux (kliṣṭākliṣṭāḥ), ce sont les schémas de pensée. Les kleshas sont les impuretés dans les schémas de pensée.

la philosophie des klesas

Je m’inspire ici d’un excellent tableau synoptique établi par I.K. TAIMINI dans son livre « La science du yoga de l’humain au divin ».

Que sont les kleshas ? Les kleshas sont fondamentalement tout ce qui cause nos « misères » ou malheurs :

  • avidya: l’ignorance, le voile de l’illusion
  • asmita : l’égoisme, le sens du Je
  • raga : l’attachement, la dépendance
  • dvesha : la répulsion, le dégout,
  • abhiniveshah : la peur de la mort.

Les définitions des kleshas et les actions à réaliser sont l’objet du Sadhana Padha, le second chapitre des Yoga Sutras de Patanjali (d’où la numérotation dans le tableau ci dessous du sutra.II).

Que sont les kleshas ?

Enumérations et définitions

YS 3,4,5,6,7,8,9 .II

Comment sont ils détruits ?

Méthode générale

YS 10 et11.II

Pourquoi faut il les détruire ?

Ils nous confinent dans le cycle du samsara et dans les misères de la vie

YS 12,13,14, et 15.II

Les misères de la vie peuvent-elles être détruites ?

oui

YS 16.II

Quelle est la cause fondamentale de ces misères ?

L’union et l’identification du Connaisseur avec le Connu

YS 17.II

Quelle est la nature du connu ?

Les interactions des bhutas, indryas et gunas qui finissent dans l’expérience et la libération

YS 18 et 19.II

Quelle est la nature du Connaisseur ?

Le connaisseur est pure conscience Purusha

YS 20, 21 et 22.II

Pourquoi le Connaisseur et le connu ont-ils été unis ?

Pour l’évolution des pouvoirs de Prakriti et la réalisation de Purusha

YS 23.II

Comment le Connaisseur et le Connu ont ils été unis ?

Par un voile d’illusion causé par avidya

YS 24.II

Comment peuvent-ils être séparés ?

En détruisant le voile d’illusion causé par avidya

YS 25.II

Comment ce voile peut il être détruit ?

Par viveka qui conduit à une conscience croissante de sa propre nature par le Purusha

YS 26 et 27.II

Comment développer viveka ?

Par la pratique du yoga

YS 28.II

Patanjali estime qu’avidya est à la source des autres kleshas, et c’est vrai qu’à bien y réfléchir notre « ignorance » est très souvent, voire tout le temps, à la source de nos « malheurs », peurs, comportements égoïstes et refermés. J’ai peur de mon voisin, je me barricade chez moi. Je ne dis pas bonjour. Je ne fais pas le tri de mes ordures car mon voisin ne le fait pas. L’administration Trump met en péril le symbole même des Etats- Unis, le pyrargue à tête blanche, pour faciliter l’industrie : l’avenir des générations futures ne l’intéresse pas. ¨Pourquoi faire le premier pas ? Je risque de perdre quelque chose ». Notre société de l’hyper consommation est un voile d’ignorance profond et très lourd. On préfère courir à la catastrophe car on n’ose pas remettre en cause un certain confort matériel. Je préfère critiquer une personne plutôt que de voir ce que moi je dis vraiment. Quand quelqu’un vous agresse verbalement, le plus souvent sa colère n’est que l’expression de sa propre frustration (le plus souvent parce qu’une de ses valeurs bonnes ou mauvaises, là n’est pas le sujet, a été mise à mal). Je vois beaucoup de personnes qui se rendent malades plutôt que d’affronter les réalités et se bercer de douces illusions ou remettre l’action au lendemain. Affronter sa maladie c’est affronter sa propre peur de la mort. Des personnes rongées par l’anxiété ou l’angoisse sont en fait terrifiées par la mort. La leur et celle de leur proche. Un petit bobo devient une catastrophe. Cela ne signifie pas que nos maladies, quelqu’en soit la nature et la cause, sont à prendre à la légère. Pas du tout. Ce que je veux dire par là c’est que l’acceptation de sa maladie permet de la traiter et surtout de profiter encore un peu plus de la saveur de son présent (je pense au chemin de vie des personnes atteintes d’un cancer, de maladies handicapantes ou chroniques).

La réflexion sur nos attachements est intéressante. J’ai publié une première version de cet article hier soir. Cette nuit, cela a turbiné dans ma tête et me voilà en train de l’amender. Pourquoi ? Je pensais que finalement mon article n’était pas abouti. Ce « perfectionnisme », devient une auto-critique régulière confinant parfois au ridicule. Il est surtout générateur de stress, et ce stress est clairement à la source de l’une de mes misères : mes migraines. Je me fais mal à moi-même, je ne respecte pas mon corps et j’irai même plus loin, je pense, qu’à un moment, nous ne nous respectons même plus.

Si nous ne faisons rien, les kleshas nous entrainent dans un cycle sans fin de naissance et de mort (le samsara) et dans les misères de la vie (théorie du karma indien). Pour y remédier, viveka (le discernement) détruira ce voile d’illusion et ce par la pratique du yoga.

Pratiquer le discernement est un exercice difficile du fait de nos attachements, de notre façon de penser, de nos peurs, de nos hontes (cf Réflexions sur le non attachement : vayragya, aparigraha, bhagavad gita). Reconnaître ses attachements est le premier pas : peut être un des plus grands. Cela peut permettre de sortir de certains conditionnements (je suis prudente … « peut être », « certains »).

Avec le yoga, j’ai appris petit à petit à reconnaître certains de mes attachements et à travailler dessus. Ce n’est pas joli-joli parfois et c’est même laborieux et ça peut faire mal. Cependant, je me vois progresser. J’avance. C’est mieux qu’hier et vraisemblablement moins bien que demain, mais c’est, c’est tout. Je ne regrette rien de ce que j’ai fait : je l’ai fait. Je peux juste faire en sorte de faire mieux chaque jour. Et cette attitude n’est possible que si je lève un morceau de ce voile sur moi, et que j’écoute ce que l’on me dit. Les transitions sont aussi là pour ça. Et bien souvent, à force de patience, de ces transitions sortent de belles choses !

Mais ça ce sera l’objet d’un autre article (ahaha ! je ménage le suspense) ..

HARI OM TAT SAT



Catégories :Philosophie

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5 réponses

  1. Très inspirant et sincère . En bateau je pense beaucoup à la philo du yoga aux sutras sans oser écrire sur le sujet

    J'aime

    • Il faut et tu peux. Chacun nous les comprenons différemment même si je pense que si nous réfléchissons bien à la fin une grande partie de nos réflexions se rapprochent. A mon srns, penser aux sutra fait partie de notre chemin du yoga, encore bien plus sue les postures ! Je suis en train d’apporter quelques modifications à l’article qui manquait un peu de consistance, selon moi (ce « perfectionnidme » fait partie de mes kleshas) !

      Aimé par 1 personne

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  3. Et si on étudiait les sutras ? Yoga citta vrtti nirodhah. Tada drastuh svarupe vastanam. YS I-2 et I-3. – Le blog yoga de Caro Caro

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