Le dharma

C’est un sujet qui me tient à cœur. Une thématique pas facile à expliquer pour moi : la preuve j’ai voulu commencer un article à ce sujet l’an dernier et je n’avais écrit que le titre. C’est un thème difficile car confus. A vrai dire, je pense que le sujet recouvre plusieurs acceptions variables selon les époques et les auteurs. Et, vous avez ou vous allez rencontré pendant vos cours, vos lectures, une définition différente peut être de celle que je vais tenter de vous donner. Je vous livre ici, ma version, mes pensées sur ce sujet qui revient à s’interroger fondamentalement sur QUI SUIS JE ?

L’hindouisme considère que le Soi Suprème (Atman, l’Esprit) imprègne et existe dans toutes les dimensions et tous les êtres. Il est partout, il ne meurt jamais. C’est ce Soi qui vit à l’intérieur de chaque personne ( sous son incarnation de Jivatman, l’âme individuelle – cf Brahman, Atman, Tu es Cela). Pour qu’un individu réalise son Soi suprême, il doit identifier les raisons et les objectifs pour lesquels il a été créé sur le plan terrestre et atteindre finalement ses objectifs. Les sages ont articulé les objectifs de l’humanité en purushartha, les 4 buts de l’existence humaine :

  • dharma : le devoir
  • artha : la richesse, le confort matériel
  • kama : le plaisir
  • et moksha : la libération.

Pour en revenir au Dharma, je ne sais pourquoi j’essaie de le définir depuis un moment.

« From the microcosmic to the cosmic, our world is a vibrant place. »

Nous sommes, chacun, une simple cellule dans le corps immense de ce monde, avec un rôle unique à remplir afin de faire avancer durablement l’entièreté de ce dont nous sommes une partie. Dharma, c’est donc l’intelligence invisible qui soutient et organise toutes les formes de vie. C’est le réseau invisible et sans fin qui soutient et supporte l’Univers tout entier et chacune des créations en son sein. C’est la force attractive en chacun de nous qui nous conduit à nous épanouir, à devenir qui et ce que nous sommes destinés à devenir.

Arthur Avallon disait que le dharma « est le principe invisible et immuable qui retient ensemble l’univers dans chacune des ses parties et dans son intégralité. » Cela signifie donc qu’il faille élargir notre vision des choses au-delà de la perception d’être des éléments séparés. Le but du dharma revient en quelque sorte à trouver et être dans le bonheur. C’est notre alignement avec ce que nous sommes et ce pourquoi nous sommes nés, chacun.

L’Himalayan Institute promeut les idées suivantes du tantra en relation avec le Dharma (élément qui vous permettent de faire résonner votre Dharma dans votre coeur) :

  • la vie est sacrée
  • il y a un ordre clair et défini du monde dans lequel je vis
  • en honorant ma place dans ce monde (mon dharma individuel), j’honore et je supporte le dharma universel
  • rien n’est plus important que d’établir mon état de bien le plus élevé afin d’être en phase le plus complètement possible avec cette intelligence.

Cela revient à dire qu’il faut avoir sa bonne place, être au bon endroit et faire ce que l’on peut faire. Il y a toujours en nous une part qui est libre et la vie est un paysage sans fin présentant d’infinies possibilités.

Le dharma revient par conséquent à déterminer qui je suis réellement. Qui suis-je ?

C’est une question récurrente dans la Bhagavad Gita, le chant du Bienheureux dans le Mahabaratha (si vous aimez les contes, alors lisez le Mahabaratha. C’est génial ! Vous relirez ensuite la Bhagavad Gita pour tout le symbolisme qu’il contient. Pour ma part, j’en suis à ma troisième lecture et je pense que je n’ai pas fini !).

Nous retrouvons Arjuna, sur le chant de bataille. Ses adversaires sont ses cousins, maîtres d’armes, oncles et amis. Et avant d’engager un combat qui sera terrible, il refuse de continuer. Que peut bien justifier un tel massacre ? C’est sur cette interrogation que commence la Bhagavad Gita et le dialogue entre Arjuna et Krishna . Il en ressort que tout un chacun nous devons accepter notre dharma (celui d’Arjuna est d’être un guerrier; je précise cependant que son dharma est ici lié à son ordre social la caste des kshatriya).

« dharma-kṣetre kuru-kṣetre » (I-1). Le mot dharma-ksetra (lieu où s’accomplissent les rites du sacrifice) est chargé de signification dans ce contexte, car c’est la Personne Suprême, personnifiée par Krishna, qui se trouve aux côtés d’Arjuna sur le champ de bataille de Kuruksetra.

śhreyān swa-dharmo viguṇaḥ para-dharmāt sv-anuṣhṭhitāt svabhāva-niyataṁ karma kurvan nāpnoti kilbiṣham (18-47). « Mieux vaut (pour chacun) sa propre loi d’action, svadharma, même imparfaite, que la loi d’autrui, même bien appliquée. Mieux vaut périr dans sa propre loi ; il est périlleux de suivre la loi d’autrui. » (traduction de Srī Aurobindo).

Qui suis-je ? C’est une question qui nous a été posée lors de notre formation de professeurs de yoga. Beaucoup se sont joliment définis en tant que citoyen du monde, maman ou par sa profession.

Je savais instinctivement que ce n’était pas ça pour moi. J’avais écrit sur ma feuille, je suis moi, je suis un élément du cosmos, l’élément incarnée d’une étoile. Rappelez-vous dans un précédent article, je citais Trinh Xuan Thuan dans « Le cosmos et le lotus » ; « La physique moderne a non seulement démontré l’interdépendance du monde des particules et de l’univers, mais elle a aussi mis en évidence l’intime connexion de l’homme avec le cosmos. Nous savons aujourd’hui que nous sommes tous faits d’atomes fabriqués lors de l’explosion primordiale d’abord, et de l’alchimie nucléaire des étoiles ensuite. » (cf. Un nouveau yoga nidra, l’infini et moi). Pour autant, cette perception n’est pas facile à traduire dans sa vie de tous les jours, où on nous assimile facilement à notre identité civile : je suis fille de, soeur de, femme de et maman de. Très souvent, on rajoute son métier. Comme si notre métier nous définissait. J’ai été très marquée par un livre d’Annah Arendt (Condition de l’Homme moderne; article résumé du site La Philo) qui disait en substance que l’homme n’est pas né pour travailler mais pour être. Le plus important ce n’est pas notre tavail mais qui nous sommes. Bon évidemment, vous pouvez me taxer de néo communiste. ou alors que je n’ai rien compris du bouquin de Annah Arendt mais je l’ai compris comme ça et depuis que je suis adulte, cette phrase est toujours restée là, présente.

Pourquoi suis-je là ?

Assez vite un mot est arrivé : partager ce que je sais et ce que je suis. Attention ! ne vous méprenez pas : cela ne signifie aucunement que je suis meilleure que d’autres ou que je détienne une science particulière ! Ce dont je suis certaine, c’est que j’ai une tendance à être très empathique, à vouloir comprendre tout le monde au point de me mettre dans des états pas possibles et à me remettre systématiquement en question. C’est pour cela que cela a été très difficile pour moi d’établir sans faille mon dharma. Est ce le bon ? es tu bien certaine de ce que tu ressens ? Non cela n’est pas ça, regarde tout le monde dit que tu es trop : tu fais trop de choses, tu veux savoir trop de choses, tu as une personnalité forte, tu parles trop. Tu es trop ! Le mot trop revenait tout le temps. Trop ! C’est assez négatif non ? A la suite d’une récurrence de « trop », je me suis éteinte. Cela a été dur : je me suis sentie étouffée, faible. A la limite de la dépression. C’est arrivé pendant ma formation de prof. On me disait même que je n’étais pas sincère dans ma pratique de yoga. Waouah ! Cela m’a explosé en plein visage. Il me fallait redevenir moi et me réaffirmer. Et il devenait urgent que j’appréhende mon dharma (et mon sankalpa, j’en parle là SANKALPA : le pouvoir de l’intention) et surtout que je l’affirme et que je reprenne mon chemin.

J’ai écrit récemment sur intagram que je ne pensais pas être une bonne prof de yoga, en précisant que le cadre d’une heure et quart dévolu à un cours est bien trop court ! Pendant longtemps, j’ai pensé que j’étais incapable de sentir les énergies : vous savez quand vous vous approchez d’une personne et que vos mains se mettent à trembler. On m’a même dit : ohlala ! comment vas-tu réussir toi cet exercice ?

Dans un sens, toutes ces personnes avaient raison. Je ne sens pas d’aura, je ne sens pas de flux particulier. Mais je sens la méchanceté, la rouerie, les personnes négatives. Parce que je vois leur énergie négative dans leurs yeux. Parce que j’essaie (sans le vouloir consciemment) de partager un peu de mon positif. Le réalisme ne signifie pas que l’on ne soit pas positif et optimiste.

J’ai besoin de temps pour décrypter les gens. Pour sentir un véritable échange avec eux. Pour leur donner quelque chose. Certes, en tant que prof il faut se protéger afin de ne pas être vidée. Mais je ne peux pas lutter contre ça. Cet échange est plus que nécessaire pour moi; il m’est vital. C’est en ce sens que je ne suis pas une bonne prof de yoga : parce que je ne sais pas me protéger.

Et puis pendant un cours, je ne peux m’empêcher d’expliquer, de faire sentir; donc de casser un peu le rythme d’un vinyasa. Ce n’est pas parce que je n’ai pas beaucoup d’élèves.

Parce que dans ma profession, celle que j’exerce tous les jours, mon métier (qui n’est pas ma définition; je veux dire par là que je ne suis pas mon métier, j’exerce mon métier, vous voyez la nuance), je perçois que je ne peux être un manager, un chef de service pourquoi ? Parce que ce n’est pas mon dharma.

On a tous tendance à se définir par son métier. Pourtant nombreux reconnaissent que s’ils le pouvaient ils feraient autre chose. Il n’y a qu’à voir le nombre de profs de yoga, de sophrologues, de thérapeutes en médecine alternatives qui éclot partout en France.

Je dirais que soit ces personnes ont réalisé que ce n’était pas leur dharma sur cette Terre (ce qui est fort probable) et que cette nouvelle profession leur convenait plus. Je vais être un peu critique : je ne pense pas. Parmi ces personnes, certaines se cherchent encore. Parfois, il s’agit d’une fuite : c’est à la mode, cela me plaît, mon boulot j’en ai marre ! Vous allez me dire que je suis dure. Non. Simplement réaliste. Car savoir quel est son dharma dans notre société actuelle, c’est très difficile. Cela demande d’interroger son coeur, ses objectifs, sa définition du bonheur, ses finances, sa famille, ses croyances. Il faut de l’honnêteté, du courage et de la force. Voir et accepter ce qui est vraiment. C’est pour cela que j’ai écrit et dit que je n’étais pas une bonne prof de yoga. Cela ne signifie pas que mes cours ne sont pas bons, simplement que je peux plus et différemment. Le format d’une heure et quart n’est pas celui qui me convient pour que je m’exprime le mieux.

Mon dharma, c’est donc partager. D’où ce blog. J’essaie de ne pas me tromper quand j’écris quelque chose se rapportant aux connaissances (spirituelles, philosophiques, anatomiques et yogiques). Je le fais avec honnêteté (ma définition de satya, cf Satya, vérité et sincérité) et sincérité (en quelque sorte la définition de l’honnête homme de Blaise Pascal). Pas mieux, pas moins bien que les autres. Juste en adéquation, en alignement avec moi même. Le dharma, c’est ce qui donne du sens.

Quand une personne est alignée avec son dharma, elle resplendit, elle s’éclate, elle est épanouie, elle a atteint le parfait équilibre.

Je vous souhaite de trouver votre équilibre. C’est possible. Il faut laisser résonner votre cœur pendant une méditation où la question reviendra : qui suis-je ? Laisser apparaître les mots sans les commenter sans vouloir les orienter. Bien souvent, ils trouveront sens pour vous. Cela peut prendre 5 min ou des semaines. Qu’importe ! C’est comme pour le Sankalpa, quand vous aurez mis les mots justes, vous le saurez !

« J’ai trouvé Dieu dans une flaque d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez les athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont c’est le métier d’en parler». Christian BOBIN



Catégories :Philosophie

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4 réponses

  1. Dans le bouddhisme zen, les patriarches soulignent que chacun de nous est déjà un bouddha et que notre voie de foi, notre chemin de vie, notre méditation assise, « zazen » mais aussi tous les actes de notre vie doivent faire sens et constituer notre chemin de dharma… C’est encore plus puissant que de manger ou travailler en pleine conscience… Chaque respiration te relie et te fait échanger avec l’ordre cosmique et te rapproche de ta réalisation… Prendre du recul, être honnête…. Je lisais cet aprem un article sur une retraite zen durant laquelle un participant disait que zazen, c’était se retrouver au pied du mur… Nous méditons face à un mur, certes, mais le sens est double voire triple, nous sommes toujours à essayer de grimper au mur (sans jeu de mot) pour progresser, nous sommes face à lui, il nous renvoie notre image brutalement et il sert de miroir et de renvoi d’énergie, la notre et celle de l’univers entier….
    Et une heure et quart pour moi, ça ne suffit pas… J’aime les cours plus longs, 1heure et demi minimum voire 2 heures, je suppose qu’en vinyasa ce n’est pas possible mais en tant qu’élève, j’ai besoin de poser et de déployer mon énergie et ma concentration…. Le yoga, c’est de la méditation en mouvement, propager et partager son dharma… Merci pour cet article si fort et sincère.. Toutes tes interrogations forment ta voie….

    Aimé par 1 personne

    • Merci Tagbabamala ! C’est vrai ces questions forment ma voie. C’est étonnant car au fur et à mesure je me sens plus forte . Je ne connais pas le zazen bien que les sagesses orientales m’attirent bcp. Peit etrexparce qu’elles sont sages et laissent le temps de mûrir tout ce qui est en nous. Merci encore pour ton témoignage qui me fait très plaisir.

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  2. Ce texte est plein de sincérité. C’est une des raisons pour lesquelles j’aime bien te lire! Pour moi qui suis les enseignements d’Amma, je comprends qu’il y a le svadharma (en fonction de notre situation dans la vie: mari, femme, enfant de, cheffe ou employé de, etc.) qui est donc propre à chacun et qui est multiple car on a un dharma en tant que mère, qu’épouse, que salariée… et en même tant qui doit être aligné sur les lois universelles telles que bienveillance, éthique personnelle, non violence, etc. et le parama dharma qui est le même pour tout le monde: celui d’atteindre la réalisation du Soi. Idéalement, nous devrions pratiquer notre svadharma en accord avec le parama dharma et c’est là que ça devient compliqué!

    Aimé par 2 personnes

    • Merci, ce que tu écris me touche et me fait encore réfléchir. De ce que je sais, ta compréhension est très juste. Effectivement le dharma de la bhagavad gita c’est le devoir issu de ton histoire / lignée. Il a pris une teinte avec le tantrisme légèrement différente pour plutôt correspondre à ce que l’Univers a conçu pour toi. Et oui je suis d’accord avec toi : c’est difficile de concilier svadharma et parama dharma !
      Tu m’as déjà parlé d’Amma que je ne connais qu’à travers son livre Paroles d’Amma que j’ai apprécié. Elle vient à Marseille cet automne. Cependant je vais refaire une formation de prof de yoga en Ecosse avec quelqu’un que j’aime beaucoup. Du coup je ne serai pas là ! une autre fois peut être.

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