Nadi, Dinacharya : le nettoyage du nez Jala neti. De la philosophie du yoga et de la pratique …

Je vous parlais de ma dinacharya récemment (Sadhana et dinacharya …) et l’automne étant enfin arrivé à Marseille, il est temps de se pencher sur le nettoyage du nez, Jala Neti. Pourquoi ?

Le temps venteux et humide (quoique l’humidité se cherche encore un peu) de l’automne provençal accentue vata et kapha, deux doshas dont je parlerai plus en avant dans un article prochain. Vata c’est l’air dans le corps. Kapha c’est le mucus. Une bonne hygiène corporelle permet de parer aux excès de kapha accentués par vata.

Nous avons un vent dominant ici soufflant très souvent à 90 km/h. Le mistral vent du nord, nord ouest, est très sec et froid. Malgré un soleil dominant, l’air se rafraichit et les rhumes se multiplient à l’inter-saison. Sans parler qu’ici, à Marseille, on a l’art de cumuler un air saturé grâce au bijou national qu’est la voiture et aussi des bateaux de croisières accostant dans la rade. Un vrai plaisir pour les muqueuses nasales ! Le nettoyage du nez est une réponse intéressante à tout cela. Attention !! cela ne constitue en rien une réponse miracle au rhume. Il ne s’agit pas non plus d’une prescription médicale. Si vous avez une maladie au niveau des sinus, je vous invite d’abord à vous renseigner auprès de votre médecin.

Un peu d’anatomie humaine

Voici où sont placés vos sinus. Vous comprenez aisément pourquoi vous pouvez avoir très mal à la tête, pourquoi vous pouvez avoir du mucus dans les yeux (souvenez vous la conjonctivite chez les bébés) ou mal aux dents. Et comme tout communique, vous pouvez aussi avoir des otites (la trompe d’Eustache est ouverte et est le point de communication entre le nez, les yeux et les oreilles).


Un peu d’anatomie énergétique

Vous avez dû certainement entendre parler des chakras ? Peut être des nadis ?

Alors voilà … notre corps est traversé par 72 000 nadis. Ques aco ?

Dans le Hatha Yiga Pradipika, chapitre I.39, il est écrit « D’entre les 84 postures, siddhasana doit être pratiqué sans cesse, car il purigfie les 72 000 nadis de toute impureté » et Tara Michaël de commenter ainsi :  » les nadis sont les conduits véhiculant le prana, les lignes de force de l’énergie vitale, les courants selon lesquels elle circule et se distribue dans le corps subtil. Ces « courants » qui perméent le corps subtil sont comparés aux rivières qui selon la géographie symbolique, prennent leur source au sommet du Mont Meru et irriguent le continent indien. Les nadi se ramifiant forment un réseau très serré, leur nombre est incalculable : 350 000 selon la Siva Samhita, 72 000 selon les Upanishad du Yoga. Mais seules 72 sont importantes, et parmi celles-ci 14 sont les principales, et d’entre ces 14, il y en a trois dont la connaissance est essentielle : ce sont ida, pingala et susumna. » (Hatha Yoga Pradipika, traité de Hatha yoga. Traduction et commentaires par Tara Michaël)

Le Hatha Yoga Pradipika contient également dans son chapitre 2 :  » Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité. Lorsque le souffle est immobile, l’esprit est immobile. (…) Les nadi étant surchargées d’impuretés, l’air ne passe pas par la voie médiane. Comment y aurait-il unmani-bhava, comment atteindront-on la perdfection dan sla pratique ? Lorsque l’entier circuit des nadi, saturé d’impuretés, devient purifié, alors seulement le yogin devient capable de contenir le prana intégralement.« 

chakras

Dans la Shandilya Upanishad (l’Upanishad du Sage Shandilya), chapitre 1, « Sushmna passe pour être le soutien de l’univers et le chemin menant à la liberation. Elle se trouve à l’arrière de l’anus, rattachée à la colonne vertébrale, s’étendant jusqu’à l’ouverture de Brahma dans la tête; inivisible et subtile, elle supporte la Shakti de Vishnu. A sa gauche on trouve Ida, et à sa droite Pingala. C’est l’énergie lunaire qui circule en Ida, et l’énergie solaire en pingala. La lune possède la nature de Tamas (inertie, obscurité), et le soleil celle de Rajas (dynamisme, passion). »

En outre, on trouve 3 centres d’énergie (les chakras) au niveau de la tête :

– vishuddi chakra au niveau de la thyroïde (qui règle la température et le métabolisme du corps)

– ajna chakra et sahasrara chakra liés à l’épiphyse ou glande pinéale (sécrète la sérotonine et la mélatonine; elle régule donc nos rythmes biologiques (veille/sommeil). Elle nous aide à nous régénérer aussi bien physiquement que psychiquement. D’un point de vue ésotérique, la pinéale est le lieu de rencontre du Haut et du Bas, c’est à dire des énergies cosmiques et des Plans invisibles avec les énergies planétaires et de la personnalité terrestre. La glande pinéale n’est pas le troisième œil), et à l’hypophyse ou glande pituitaire (elle fait le lien entre le système nerveux d’un côté et le système endocrinien de l’autre. Pour cela, elle produit une série d’hormones qui vont : réguler le fonctionnement des autres glandes endocrines, réguler la rétention d’eau au niveau des reins, déclencher les contractions utérines au moment de l’accouchement, stimuler la production de lait pour le nourrisson, contrôler la croissance (en régulant l’absorption des nutriments au niveau cellulaire) et par la même occasion réguler la glycémie (en association avec l’insuline).

La propreté du nez est aussi bien importante dans le cadre de son hygiène corporelle personnelle que pour sa pratique du yoga.

Comment pratiquer Jala Neti ?

Cela consiste à rincer les sinus avec de l’eau tiède salée que l’on fait circuler dans le nez à l’aide d’un récipient en forme de théière appelé lota. Jala neti est à la fois une excellente préparation hygiénique mais aussi un préalable intéressant avant un pranayama et la méditation. Se laver, se purifier, avant de méditer.

Je prépare mon eau en faisant bouillir l’eau du robinet. J’additionne 1,5 l d’eau avec 8 g de sel marin. Et j’attends que cela refroidisse. Si l’eau est trop chaude, je rajoute de l’eau froide directement dans mon lota. Si l’eau vous brûle les narines, soit elle est trop chaude, soit elle est trop salée. Solution : rajouter de l’eau froide.

Si au contraire, cela vous donne l’impression d’avaler de l’eau (comme quand on va à la piscine), c’est qu’elle n’est pas assez salée. Solution ? Rajouter un peu de sel.

Cela prend combien de temps ? Environ 8 minutes, prayanama inclu pour sécher les narines.

Vous remplissez votre neti et vous introduisez l’embout dans la narine droite par exemple. Penchez la tête sur le côté. Respirez par la bouche (au début vous allez pratiquer en apnée car vous aurez peur mais ensuite vous constaterez que vous n’avalez pas d’eau : celle-ci suit le canal des sinus …). L’eau va s’écouler dans les sinus avant de ressortir par la narine gauche. Si le nez est bouché, cela prendra un peu plus de temps. L’eau chaude dilue le mucus. Éventuellement vous expirez très fort avec le nez (pas trop non plus pour ne pas saigner), comme si vous vouliez évacuer un moustique s’étant aventuré dans la narine), sans vous boucher l’autre narine, et vous évacuerez ainsi le mucus accumulé et bouchant le sinus. Et vous passez ensuite tranquillement toute votre eau dans les deux narines.

Ensuite, vous devez vous sécher les sinus. C’est le moment de faire un pranayama : kapalabathi. On l’appelle le nettoyage du crâne brillant (en sanskrit, kapala = crâne, et bhati = briller). Il nettoie les sinus frontaux et réduit l’excès du mucus. Il assèche les sinus en évacuant l’eau (qui permettrait le développement des bactéries). Personnellement, quand je pratique kapalabathi, toutes mes pensées sont arrêtées et sont nettes et l’effet de l’oxygénation va faire venir cette lumière blanche que beaucoup décrivent. J’ai essayé de vérifier si ce n’était pas pile poil au moment où un rayon de lumière arrivait sur mes paupières closes. Mais force est de constater que cela m’arrive au petit matin quand il fait encore nuit …. alors …

Autres bienfaits : massage des organes abdominaux, entretien de la souplesse du diaphragme, tonification et apaisement du système nerveux neurovégétatif. Il augmente Pitta (donc votre feu digestif donc il améliore le processus digestif) et réduit Kapha. Il est donc indiqué pour apaiser Kapha (vous comprenez maintenant pourquoi je le fais tous les jours.

Hatha Yoga Pradipika nous décrit dans son chapitre 2.35 ce qu’est Kapalabathi :  » Lorsque l’expiration et l’inspiration sont faites avec une rapidité comparable à celle du soufflet du forgeron, cela porte le nom de kapalabhati, qui dessèche toutes les maladies nées de kapha. » L’air doit être expulsé violemment des poumons par une soudaine contraction des muscles abdominaux. Une fois vidés, d’eux-mêmes les poumons se remplissent d’air, sans effort volontaire. Cette expiration forcée suivie d’une inspiration naturelle doit être répétée à un rythme très rapide ‘environ 60 rcathespirations par minutes). Terminer par une expiration lente, puis reprendre la respiration normale. »

Contre indication pour kapalabathi : lésions aux poumons, tension artérielle élevée, blessure abdominale

En suite de kapalabathi, j’utilise un cathéter (le fil orange vif sur la photo). En Inde, c’est un cordon de coton trempé dans de l’eau. Cela s’appelle Sootra Neti. J’introduis le cathéter dans la narine jusqu’à ce qu’il arrive dans la gorge. Normalement je devrais le faire ressortir par la bouche. Je le retire (par la narine), le nettoie et le fais dans la seconde narine. Objectif ? Il dissout bien le mucus qui encombre les voies respiratoires supérieures. Cela aide à soigner les rhinites chroniques, asthmes et troubles respiratoires et il améliore la vue (Christine Campagnac-Morette, »Prévenir et guérir par le yoga »).

Et enfin, j’utilise un nasya : des gouttes d’une huile (ici additionnée de plantes anu thailam) végétale pure (par exemple de l’huile de sésame). Les narines ayant été desséchées, cela permet de leur conserver une bonne humidité. De plus, les huiles végétales en Inde ont un véritable pourvoir purificateur. Le nasya va retenir les impuretés en leur barrant le chemin des muqueuses frontales et de la gorge.

NB : je n’utilise ni le catheter ni nasya tous les jours

La composition de l’anu Thailam :

20191013_1015166800349894745120046.jpgIngrédients :

INCI:
Sesamum Indicum Oil, Caprae Lac, Aegle Marmelos, Asparagus Racemosus, Berberis Aristata, Cedrus Deodara, Cinnamomum Zeylanicum, Coleus Vettiverides, Curcuma Zedoaria, Cyperus Rotundus, Desmodium Gangeticum, Elettaria Cardamomum, Embelia Ribes, Glycyrrhiza Glabra, Hemidesmus Indicus, Holostemma Annulare, Nelumbo Nucifera, Phoenix Humilis, Piper Auranticum, Pseudarthria Viscida, Saccharum Officinarum, Santalum Album, Sida Retusa, Solanum Indicum, Solanum Xanthocarpum, Vetiveria Zizanoides.

Vous avez la gorge qui gratouille ? Si vous n’avez pas de contre-indications, essayez une cuillérée de miel soupoudrée de girofle moulue. Antiseptique assuré et adoucissant à la fois. Pour moi, pris dès le départ de l’infection, cela a marché. Et puis, en fait, c’est assez bon !

Petit mot de la fin : ces articles me permettent de continuer à apprendre et à approfondir mes connaissances sur moi et sur le yoga. J’essaie d’être exhaustive et de citer mes sources. J’essaie aussi de ne pas recopier et de respecter les copyright … Bien sûr, vous pouvez connaitre d’autres éléments concernant les sujets que j’aborde. Je suis preneuse de tous les compléments possibles (hormis les farfelus) pour continuer d’avancer.

Et puis Merci Lucie car c’est toi qui m’a enseigné le nettoyage de la sphère ORL.

Om ! Que la paix soit en moi !

Que la paix gagne mon environnement !

Que la paix soit en les forces qui agissent sur moi !

(Shandilya Upanishad, extrait des 108 Upanishad traduction et pérsentation Martine Buttex)



Catégories :Pratiques

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5 réponses

  1. Merci une fois de plus pour cet article très complet. Pour moi qui ai très peu de kapha et qui a la chance de ne pas vivre dans trop de pollution, je fais rarement neti. Seulement quand je sens qu’un rhume arrive (c’est vraiment pour moi ce qui marche le mieux; ça les stoppe direct) ou pendant la saison des pollens. Je ne suis pas allergique, mais parfois il y a en a vraiment beaucoup dans l’air et quand on aime se balader dans la nature, ça finit par boucher le nez. Une bonne séance de neti, c’est comme une libération! Je respire mieux, j’ai l’esprit plus clair; ça fait vraiment du bien.

    Aimé par 1 personne

    • C’est le souci du kapha. Pas compliqué, meme petite j’avais toujours le nez bouché. Un peu. J’adore cette sensation de super bien respirer après. J’ai tellement pris l’habitude que quand je ne le fais pas un jour, cela me manque terriblement. Merci pour tes J’aime et tes commentaires ! Belle journée

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