Les Veda

J’avais envie de reprendre la série sur les textes sacrés de l’hindouisme et du yoga, dans la lignée de ce que j’ai précédemment publié Les textes indiens : s’y retrouver.

En effet, au delà des asanas, le yoga est riche de plusieurs concepts selon les écoles choisis par chacun. Pour ma part, je pense être baignée dans les concepts tantriques, Apavarga et Bhukti dans le Tantra, Bhoga ou la jouissance de la vie … mais après avoir assisté à une conférence sur le Vijnana Bhairava Tantra, je suis loin très loin d’avoir tout saisi de cet enseignement.  Je pense aussi que si on veut aller un peu plus loin dans sa propre pratique il n’est pas inutile de comprendre tous les ressorts de ce que l’on appelle YOGA. Cependant, et c’est très important, le fait de ne pas savoir ne signifie pas absence de sincérité dans sa pratique. Ne serait-ce que parce qu’avoir un maître (guru) n’est pas donné à tout le monde.

J’aime bien apprendre, savoir. Depuis toujours. C’est pourquoi, ce blog se veut une exploration progressive des connaissances. Et c’est pourquoi, aujourd’hui, je vous propose de retourner à la source, les premiers savoirs indiens : les Veda. Ce qui suit est ardu et résulte d’une synthèse de plusieurs lectures. Il s’agit avant tout d’une présentation / contextualisation de ces textes, destinée à vous aider à mieux comprendre l’histoire de l’hindouisme et du yoga, les yogins étant les disciples des rishis.

Premiers savoirs … en effet, la racine du mot est « vid », savoir. Le terme Veda signifie donc « connaissance ». Les Veda n’étant pas des livres écrits dès leur origine, ils signifient connaissance transmise oralement. Les spécialistes ne parviennent pas à établir une date précise de leur apparition. Max Müeller, l’un d’entre eux, avance que ces savoirs datent de 1200 av JC et jusqu’à 200 ans av JC.

Ils ne sont pas l’œuvre d’un seul homme mais de plusieurs générations de rishis, les saints hommes. Vyasa, celui qui nous contera le Mahabaratha, en est leur compilateur. L’enseignement contenu dans ces écrits est réputé avoir été inspiré par Dieu lui-même. Ils sont la propriété des brahmanes : en effet, ces textes sacrés ne peuvent être entendus par un homme de caste inférieure.

Il y a 4 Veda :

  • le Rig Veda
  • le Yajur Veda
  • le Sama Veda
  • et le Atharva Veda.

Le Rig Veda est le plus ancien, l’Atharva Veda le plus récent. Les trois premiers Veda cités sont dit « Triple science ». Le Yajur veda est lui même scindé en deux : le Yajur Veda Blanc et le Yajur Veda Noir. C’est un Purana rapportant une légende qui explique cette distinction :

Vaisampayana, disciple de Vyasa, qui avait reçu de lui le yajur Veda avait commis une offense. Il souhaitait que ses disciples l’assistent dans l’exécution d’une acte expiatoire. Un des disciples, Yajnavalkaya, proposa qu’il le fasse seul. Vaisampayana, courroucé pronoça contre lui une malédiction qui eut pour effet de lui faire régurgiter tous les Yajus appris. Les autres disciples, transformés pendant ce temps en perdrix (tittiri) picorèrent ces textes souillés et les conservèrent. C’est pourquoi ces textes sont appelés Taittitya. Yajnavalkaya, désireux d’obtenir les Yajus, adressa au soleil et vit exaucer son voeu de « posséder les textes inconnus de son maitre ». C’est ainsi qu’il existe deux Yajur Veda, le noir étant considéré comme le plus ancien.

Les Veda sont composés de deux parties : un Samhita (ou recueil de mantra) et un Brahmana (ou recueil de préceptes et de rites). Si un mantra est écrit en vers et est destiné à être récité à voix haute, il est appelé rich (louanges), d’où le nom de Rig Veda. S’il est en prose (il doit être alors murmuré à voix basse), on l’appelle yajus (de yaj, sacrifice). Yajur Veda désigne ainsi le Veda qui renferme ces Yajus. Enfin s’il est écrit en vers et destiné à être chanté, on l’appelle saman, d’où le nom de Sama Veda.

A chaque Brahmana se rattache un Upanishad, spéculations philosophiques qui éclairent le texte auquel elles se réfèrent. Les Upanishad ont une importance moindre par rapport aux veda car ils sont smriti, ou appris alors que les Veda sont shruti, entendus et révélés.

Je précise que les 10 Upanishad, citées ci-dessous, sont considérées comme védiques : elles sont citées en face du Veda auquel elles se rapportent.

Rig-Véda  : Aiteraya

Yajur-Véda Blanc :  Brihad-Âranyaka et Îshâ

Yajur-Véda Noir: Taittirîya et Katha

Sâma-Véda: Chândogya et Kena

Atharva-Véda : Mundaka, Prashna et Mândûkya (cf Etats de conscience, Mandukya Upanishad et le mantra OM)

Pour info : les autres Upanishads existent n’ont rien de védique.

Samhita et Brahmana sont destinés aux brahmanes, les Upanishad à ceux qui se consacrent à la quête philosophiques. Les Veda comprennent aussi une autre série de caractères plus ésotériques : les Âranyakas.

Parmi les Samhita, les plus « connus » sont le Rig Veda Samhita et l’Atharva Veda Samhita.

Michel Angot explique les différences entre les Veda : « Dans la Triple science, si les hommes s’adressent aux Dieux pour confirmer leur place dans le monde, c’est toujours de manière très générale. Fondamentalement on y célèbre les dieux (littéralement les ‘célestes’, les ‘habitants du ciel’) et si, parce que les paroles et les dieux sont puissants, on sait que cette louange sera efficace, la prière est toujours subordonnée à la louange. Dans le Véda d’Atharvan, l’aspect louange est subordonné à l’aspect prière : on prie les Dieux pour qu’ils nous accordent une faveur et cette faveur est très personnelle: le rituel atharvanique est intéressé et localisé. On cherche à obtenir un avantage matériel, pas toujours très honorable à nos yeux (tuer son ennemi est un leitmotiv, obtenir et conserver l’amour d’une femme et si elle est mariée, on se débarrassera du mari, envoyer quelque fièvre chez les voisins, déplacer le mal, etc.).
L’Atharva-Véda est en réalité un manuel à l’usage du brahmane employé par le roi. (…) L’Atharva-Véda témoigne fortement pour la permanence transculturelle du fait humain dans ses constituants fondamentaux: le spectre de la faim, la peur du noir et de la souffrance, l’amour et le désir, la haine et la jalousie, et aussi le mystère de la création, la beauté du monde, l’espoir des hommes, l’amour de la vie ». (Pour aller plus loin, je vous propose de lire cet article de Michel Angot (Le Veda, la parole sacrée des brahmanes)).

 

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Catégories :Philosophie

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2 réponses

  1. Je te salue pour avoir le courage ne serait-ce que de chercher à défricher et nous présenter de façon claire toute cette tradition ancestrale!

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