Qui suis-je ? Vulnérabilité, honte et empathie …

Vous êtes vous déjà posé cette question ? Qui suis-je ?

Souvent la première réponse qui fuse sera : Je suis Caro Caro !

Nous nous définissons donc par notre état civil. Nous rajouterons : « je vis à Marseille. Je suis mariée et l’heureuse maman de 2 super beaux enfants ». Non seulement mon identité va dépendre de ma ville de résidence mais aussi de mon état marital et de mon rapport à ma descendance. Reconnaissons là le trait qui nous poursuit à travers les âges de la volonté de perpétuer notre espèce.

Reconnaissons aussi, à seulement quelques jours de la date symbolique du 8 mars, le fait que je me définisse par rapport à l’autre, et qui plus est dans mon cas par rapport à un homme.

On continuera par se définir par le travail que l’on a : je suis fonctionnaire, je suis prof de yoga. Et parce que nous aimons et détestons : j’aime la nature, je déteste avoir mal, je déteste la langue de bœuf, j’adore lire.

Tout cela ne dit pas qui suis-je mais décrit une personnalité. Le qui suis-je est intime, ne se révèle pas vraiment. Pourquoi ? Parce que le qui suis-je c’est révéler sa vulnérabilité. Et dans notre société, ce que l’on aime le plus, c’est montrer une image valorisante de soi. Une IMAGE ! Qui peut dire qu’il laisse vraiment parler qui il est vraiment ? Même les gens qui pratiquent le yoga …

Pourquoi ne pas montrer qui nous sommes réellement ? Parce que nous avons PEUR. Peur du qu’en dira-t-on, peur de la critique.

Bien sûr, certains d’entre vous diront « mais non moi je suis réellement moi, je dis ce que je pense ».

En fait : non ! Parce que bien souvent, quand on dit ce que l’on pense, on l’assène dans un état de tension. Observez-vous. Pouvez-vous réellement dire que vous affirmez ce que vous pensez sans craindre une riposte verbale ou physique (ne serait-ce que dans l’attitude de la personne qui se trouve en face de vous) ?

Le plus souvent, on se rapproche du Je suis mais selon le contexte et notamment les gens avec qui l’on est, on modifie le Je suis. On le rend moins visible, moins vulnérable parce que fondamentalement on a peur d’être « attaqué », « vilipendé », « moqué ». On a peur d’avoir mal, on a peur de la souffrance.

On dit souvent que les gens qui font du yoga sont des gens en souffrance et qu’ils trouvent du réconfort dans cette pratique. D’ailleurs, on présente le yoga comme une pratique de bien être, pour aller mieux. Cela veut donc dire que l’on ne va pas bien.

Je me suis interrogée : Qui suis- je ? Pourquoi est ce que je fais du yoga ? Est-ce que je ne vais pas bien ? Ai-je peur de montrer qui je suis réellement ?

Je pense découvrir jour après jour qui je suis : ou plutôt j’ai une représentation de plus en plus précise de qui je suis. Elle s’affine. Cependant, ne serait-ce que dans les termes utilisés « une représentation » on a la clé du problème ! Le « je suis » n’est pas une représentation. Le « je suis » est. A mon sens, il est difficilement transposable en mots.

Pour autant, si je reviens à la représentation de Je suis, il est certain que je ne SUIS pas la même au bureau ou à la maison ou lors de ma formation de prof de yoga. Montrer sa vulnérabilité, c’est difficile.

Je me suis achetée un tambour. Un tambour chamanique. Il y a eu des moqueries, gentilles mais moqueries. « Ah bon un tambour ? Mais tu es musicienne ? Tu es sorcière ? Cela ne te ressemble pas ! » Et finalement est ce que cela ne me ressemble tellement pas ? Ou bien au contraire, est-ce ce Je Suis ?

J’ai accepté de montrer ma vulnérabilité et même de l’afficher, sur mon blog, instagram et FB. D’en parler en famille, aux amis et au bureau (et quand je dis bureau c’est au sens large). Et je ne me suis pas sentie si vulnérable. Quand une moquerie pointait son nez, j’ai simplement respiré et attendu que les mots s’échappent comme un envol de papillon.

Ho la ! Je vous arrête tout de suite, vous êtes en train d’envier cette sagesse sans âge ! Hier je me suis énervée ! Voilà, cela remet dans le contexte. Parce que la représentation de qui je suis est erronée ou plutôt parce que mon chemin est loin d’être terminé.

Alors pourquoi craindre la vulnérabilité ? Parce qu’on a honte ! J’ai écouté le cycle de conférence de Brené Brown sur la honte.

Brené Brown (c’est une chercheuse en sciences humaines et sociales aux États-Unis qui a longtemps étudié le phénomène de honte / vulnérabilité ) définit la honte comme l’expérience profondément douloureuse de croire qu’on est défaillant et par conséquent indigne d’amour, d’intimité ou de contact. La honte est une émotion sociale parce qu’elle est la manifestation de la peur de perdre le contact avec autrui. Brown rappelle que nous sommes “psychologiquement, affectivement, cognitivement et spirituellement” programmés pour le contact, l’amour et l’intimité.

Tout le monde ressent de la honte. La honte est universelle. Nous avons le choix entre avouer que nous éprouvons de la honte ou admettre que nous sommes sociopathes. Tout le monde a peur de parler de la honte. Moins on parle de la honte, plus elle prend le contrôle. Elle propose plusieurs pistes pour retrouver et afficher sa vulnérabilité :

Reconnaître la honte et ses déclencheurs afin de débrancher le cerveau émotionnel et se reconnecter au cerveau de la réflexion. Quelles sont mes valeurs qui ont été heurtées ? Pourquoi ?

C’est aussi, comme je l’ai fait supra par le jeu de la mise en abîme avec mes questions, exercer son vrai sens critique. Pas celui de la culpabilité « je suis nulle », mais celui qui permet de déterminer les filtres à travers lesquels nous vivons : sociaux, culturels, éducatifs, religieux.

Cela va nécessairement se réaliser par la rencontre avec l’Autre, l’altérité. Ce n’est pas en se cachant qu’on pourra se confronter avec sa HONTE et l’exprimer. Cela va permettre de la dépasser en la « dédiabolisant ». Et pour cela il faut du COURAGE ! Il faut beaucoup d’empathie pour se regarder et s’aimer vraiment. Et en définitive, c’est cela qui apparaît souvent : on ne s’aime pas. Complètement ou en partie. Mais des fois, on ne s’aime pas signifie qu’on se mesure à l’aune des pseudo-préceptes sociaux. Qui a toujours aimé le reflet de son image dans le miroir ? Quelle femme n’a pas voulu cacher son bidon, ses seins pendants, ses cheveux blancs ?

Honnêtement ?

Combien de fausses images les réseaux sociaux montrent elles de la femme pratiquant le yoga. Jeune, pesant 45 kg, vivant sur une plage de rêve, sans poils qui dépassent, le cheveu brillant et en train d’exécuter la posture de gymnastique ultime ? Il n’y a qu’à regarder le nombre de personnes qui achètent des cosmétiques (si ce n’est pour cacher des « imperfections »), des vêtements inconfortables (vraiment ? vraiment ? vous ADOREZ entrer dans une mini jupe étroite ? C’est la tenue que vous mettez même le week-end à toute occasion ?), va faire de la chirurgie esthétique, changer de couleur de cheveux. Bref, les médias, le monde de la pub et de la mode, le patriarcat sociétal et encore une grande partie des hommes nous dictent notre comportement / façon d’être / être parce que nous devons plaire. Nous devons plaire car nous avons peur d’être seule. La norme sociale, c’est de sortir d’avoir des milliers d’amis (en vrai, sur FB et sur Insta, sur you tube aussi).

Alors je vous rassure. Montrer sa vulnérabilité, même si c’est dur, même si cela demande de s’accepter sans artifice, c’est tellement gratifiant. La vie prend alors un autre tournant et une autre saveur et tout ce dont on avait peur s’évanouit. Cette vulnérabilité, qui n’est pas FAIBLESSE, devient une force. Et cette force vous pouvez la cultiver à votre rythme, pour vous montrer progressivement et jouir alors d’une vie tellement plus remplie, pleine et facile.

NB : ne croyez surtout pas que je suis au zénith de ma vulnérabilité et que je suis parfaite. Pas du tout. J’ai fait un peu de chemin et déjà ce « un peu » est top !

Tous les livres de René Brown sont intéressants.

Je vous conseille d’écouter « Men Women and worthiness » et de lire « La grâce de l’imperfection » et « Comment affronter l’adversité ».

Vous trouverez plein d’info sur son site

et si vous n’avez pas peur de l’anglais, écouter sa conférence TEDX sur la honte



Catégories :Réflexions

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4 réponses

  1. Très beau texte! En effet le yoga me permet peu à peu d’enlever les couches qui cachent la vraie Laurence.
    Merci 🙏

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. Et si on étudiait les sutras ? Yoga citta vrtti nirodhah. Tada drastuh svarupe vastanam. YS I-2 et I-3. – Le blog yoga de Caro Caro
  2. J’ai lu : Fierce Medicine de Ana Forrest, épisode 3 ou le Forrest yoga et les asanas – AU FIL DU YOGA

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