Trop plein de bien-être !

Ah ! on peut dire dans un sens que le confinement a fait un heureux : le bien être … et il a fait des malheureux, ceux dont c’est le métier. Et oui, je vois toutes mes copines profs de yoga (et dont c’est la profession) galérer, se poser des questions sur leur avenir professionnel, la pérennité de leur studio ou petite entreprise. Elles sont nombreuses à s’être reconverties dans les cours en ligne, à prix très modiques. Avec les moyens du bord. En perdant le contact physique et visuel avec leurs élèves.

Certes, le confinement donne à s’interroger et à évoluer sur de nouveaux liens et à trouver à travers internet une nouvelle façon de pratiquer avec des élèves. Et elles y réussissent remarquablement et avec enthousiasme.

Le problème, c’est que les réseaux sociaux, de facebook à instagram et you tube (et tous ceux que je ne connais pas), pullulent de cours gratuits. La cata ! Oui ! Je dis la cata ! Parce que ces profs de yoga, sont la dernière roue du carrosse. Pas de contact avec les élèves, pas de chômage partiel. Rien. Ou presque : je serai injuste de ne pas citer l’aide de l’Etat qui permet de payer les loyers, difficilement les charges sociales. Ce qui au final fait un revenu égal à 0 pour elles.

Alors oui, offrir des cours gratuits, c’est bien. C’est s’offrir pour aider les gens. Mais, mais .. les gens peuvent verser 5 euros pour un cours. Franchement ce n’est pas beaucoup. Réfléchissons un instant. Combien de prof donne gratuitement un cours dans une asso gérant des personnes en difficultés matériels, des gens pauvres pour le dire crûment, ces personnes qui ne peuvent aps se permettre de mettre 1 euro dans un cours de yoga ?

Pas beaucoup. Et pourtant, là, en période de covid, où je le rappelle moins de 10 % (je fais très large)de la population a été contaminée et ne peut pratiquer du yoga pour l’instant car c’est trop fatigant (NB : ne me faites pas dire ce que je n’ai as dit ; je ne souhaite pas vivre ce que ces personnes ont vécu avec la maladie), tout le monde offre des cours gratuits. Mais on va où là ? Que je sache il y a beaucoup de gens (et heureusement !) qui ont les moyens. Pourquoi ne pas leur faire payer quelque chose ?

C’est quoi ? Une démarche commerciale pour avoir plus de client en sortie de confinement ? C’est une démarche pour partager du bien être ? Soyons sérieux un instant. Les 3/4 de ce qui est offert relève du yoga postural. Bien être je veux bien, mais profitez en aussi pour parer de ce qu’est vraiment le yoga. Le bien être surtout dans la situation actuelle passe par la gestion de l’anxiété. Bien souvent, la réponse à cette émotion liée à la peur ne va pas s’améliorer en enchainant des postures. Au mieux, elles la masqueront. L’anxiété / peur nécessite une vraie prise en charge avec un questionnement et la mise en place d’outils permettant au système nerveux parasympathique de prendre le pas. De la méditation, du pranayama et du nidra.

Des postures pour arriver à cela, oui.

Je regrette aussi la recrudescence du charlatanisme. Oui ! Des méthodes à 300 euros permettant de faire face au covid. Mais bon Dieu, ouvrez les yeux ! C’est déjà lutter contre les effets pervers du confinement. Notre vigilance s’émousse en période de confinement : l’enfermement, l’activité physique limitée, les infos anxiogènes à souhait, le boulot, les soucis, les enfants. Tout cela nous rend « sensibles » à des méthodes « 2 en 1 », un peu comme les régimes miracles avant le début de l’été. Vérifiez qui est à l’origine de l’info. Ne vous fiez pas aux commentaires incrémentés sur le site mais faites des recherches sur internet sur les personnes et sur la méthode.

Ah et puis cette floraison ininterrompue de phrases toutes faites : profitez du confinement pour vous interroger, pour lire tous les livres que vous n’avez pas le temps de lire. Oh putain ! Vous avez le temps vous ? Moi entre le télétravail, les courses, le ménage (j’ai de la chance ma fille est autonome pour le travail scolaire), je n’ai pas le temps. Voilà c’est dit. Je suis à saturation. J’en ai profité pour m’inscrire à 2 formations en ligne (qui ne l’auraient jamais été) avec des professeurs aux États Unis. Et je case comme je peux.

Au début, j’étais en colère et frustrée. Et puis je me suis calmée en me créant mon propre calendrier : j’ai repris en main sans plus prêter attention à ces messages.

Autre chose aussi : le bien être c’est bien. Je ne suis pas prof de yoga et de yoga nidra pour rien. Je n’étudie pas le yoga nidra à l’adresse des syndrome post traumatiques pour rien, je ne passe pas des heures à étudier et tester des gestes pour diminuer et apaiser les douleurs physiques pour rien.

Mais … il y a un mais, soufflé par mon ami osthéo. Si on a un besoin de plus en plus profond de bien être, c’est qu’il y a quand même quelque chose qui ne colle pas. Dans notre société, nos métiers. Je suis citoyenne, à ce titre j’ai adhéré à un système de valeurs de notre système démocratique et républicain. Je ne suis pas une révolutionnaire (les révolutions depuis la Révolution Française, ayant échoué – et oui un peu d’histoire politique) mais je m’interroge. Et c’est là que le covid doit avoir une incidence sur notre vie. On observe des discussions très vive sur le Pr Raoult et la chloroquine. Tout d’un coup, tous les Français ont fait des études en médecine. Moi je ne me prononce pas. J’espère que le Pr Raoult a raison mais il est trop tôt. Notre système politique s’échoue : trop de centralisme sous couvert d’une décentralisation moribonde. Un millefeuille administratif complexe. Des textes lourds. Des chefs dans l’administration qui ont peur de leur ombre : on n’en perd son bon sens. Je précise que je suis FONCTIONNAIRE (pour autant il y a BEAUCOUP BEAUCOUP de gens qui sont super dans l’administration). En passant, c’est la fonction publique qui a morflé ces dernières années : et voilà où on en est sous couvert d’un libéralisme rampant. On parlera de liberté juste après. Le personnel des hôpitaux publics sont des fonctionnaires. Parents, vous vous rendez compte que finalement profs ce n’est pas une sinécure. Les éboueurs sont (en partie) des fonctionnaires territoriaux. Les flics et les gendarmes qu’on marrone ne pas voir mettre un PV à ces voisins indélicats qui ne respectent pas le confinement sont des fonctionnaires. Mais oui, le service public a un coût et ne rapporte rien. Alors, notre système sociétal devra accepter cela. Ou alors, on va dans la mur ! Je n’ai pas de solution, de y a qu’à faut qu’on. C’est facile de juger quand on n’est pas à la tête de la structure qui doit décider. Mais on a besoin de tout le monde pour construire notre société : des agriculteurs et si possible sans pesticide, des transporteurs routiers (même sur des petites distances), des énergéticiens, des personnels des grandes surfaces, des personnes qui font les ménages, des resto et des bars, des magasins – enfin pas de tous (attendez ça arrive).

Je suis contente il a plus 4 jours à Marseille. On se serait cru en Normandie : pluie fine ultra régulière. Cela faisait 4 mois qu’il n’avait pas plus sur Marseille. On était déjà en sécheresse… C’est à ça aussi que le covid doit nous conduire. On s’esbaudit sur le recul de la pollution, tous ces animaux qui retrouvent des territoires qu’on leur a arraché pendant des années. pourquoi ? Parce que le modèle, c’est la ville, le béton, le productivisme, la PERFORMANCE et la rentabilité. Performance / bien être : maintenant vous comprenez ! Le bien être c’est aussi le sparadrap de la performance. On introduit des cours de yoga dans les entreprises pour mieux pressuriser les gens. On leur met la cafetière NESPRESSO pour la pause café devant l’ordi (vous avez vu il y a des tables pas de chaises !). Il faut performer. On va devoir travailler plus pour rattraper le niveau. Mais le niveau de quoi ? On veut aller dans le mur c’est ça. Alors continuons de tout importer de Chine qui nous fait ensuite un beau pied de nez quand on a besoin d’elle (je fais référence aux masques qu’elle a revendus sur le tarmac aux Américains) ! Oui continuons de remplir nos armoires de fringues qui se délitent au bout de 2 lavages. Continuons à acheter, SURCONSOMMER. Oui oui continuons ! Oh et puis c’est pas grave hein parce que ce tee-shirt est fabriqué par un enfant de 14 ans. Mais c’est pas grave hein parce que je fais des dons à l’UNICEF.

Allez ouvrez les yeux et regardez autour de vous. Tout ce qui s’y trouve est il vraiment utile. C’est effarant le nombre de trucs qui ne servent à rien chez moi. Et pourtant, je ne suis pas une folle de la consommation. Posez vous les bonnes questions.

Les vacances à l’étranger ? Le tour du monde en croisière. Ces bateaux sont une hérésie : à Marseille, ils ont fait augmenter le taux de particules fines. Les gens de l’Estaque n’en peuvent plus. Elles ne sont pas chères : normal ! Les philippins qui travaillet dessus sont payés une misère. Vous avez déjà vu des Philippins en ville ? Non, parce qu’ils n’ont pas de quoi consommer dans notre pays malade de sa consommation. Soyons honnête : les gens débarquent en centre ville pour faire les magasins : Zara, H&M et j’en passe. Rien n’est fabriqué sur place. Et quand ils achètent des produits « locaux » sur les marchés : ils sont bien souvent (mais pas tout le temps) made in China. Cherchez l’erreur ! Autant aller en Chine. Vous achetez du rêve. Vous ne vivez pas du rêve. Prendre l’avion. Oui !Ryan Air c’est pas cher : normal ! La compagnie ne paie pas de charges sociales : les gens qui y bossent gagnent une misère. C’est ça pour vous les vacances de rêve ? Vivre sur le dos des autres ? Oui il faut réinventer l’économie et l’environnement. J’ai 2 enfants : j’ai la trouille pour eux car je ne suis pas capable de leur laisser une Terre habitable. Achetez bio, LOCAL, à des artisans, en vrac, recyclez, donnez, bradez, faites du tri, du compost, réparez aussi. Pas besoin de l’iphone je ne sais pas combien pour téléphoner. Pas besoin de la 5 G. Comme l’a dit Aurélien Barrau (le gars est spécialiste des trous noirs, une tronche), la 4 G a supporté la surcharge du réseau, pas la peine de polluer notre environnement avec de nouvelles ondes et ces poteaux affreux – par contre, il faut « connecter en filaire » les zones blanches habitées.

Dernier sujet, la liberté. Ahlalala ! Qu’est ce que j’entends ? Le confinement est une atteinte à ma liberté. Putain, vous n’avez rien compris. Si on vivait en Chine, en Corée du Nord, je comprendrais mais là ? Vous avez vraiment l’impression de ne plus être libre ? Mais l’absence de liberté, ce n’est pas ça. Là on est confiné pour éviter que les hôpitaux soient surchargés ras la gueule, débordent même. On est là pour que le personnel médical puisse travailler, ne pas faire de choix sur qui il fait ou non traiter en priorité, pour que ce même personnel puisse se reposer pour BIEN travailler. Vous êtes libres chez vous. Vous n’êtes pas en prison. On ne vous impose pas un programme sur lequel vous n’avez aucune possibilité d’intervention. L’absence de liberté, c’est ce que vit le peuple syrien dont tout le monde se fout, les Palestiniens des Territoires Occupées. Nous, on a une liberté de riches. Je ne dis pas que du coup, il faut baisser notre niveau de liberté. Pas du tout : ce sont les autres qui doivent voir ce niveau s’élever. Mais on pleurniche parce qu’on n’a pas pu aller en centre ville dépenser de l’argent dans les magasins où rien n’est fabriqué en France ! Posez vous la question : c’est quoi la liberté pour vous ? Ma liberté s’arrête là où commence celle des autres. Nous appartenons à la société française construite sur un contrat : je vous invite à relire Le contrat social de Rousseau (ou alors la page wikipédia) et puis aussi ce qui fonde une nation (bonjour Monsieur Ernest Renan).

Alors le bien être ? Oui bien sûr à 100 %. Mais le bien être commence déjà avec votre respiration. Avec la réflexion sur sa vie, sur ce qu’on peut faire pour l’améliorer, sur son rapport à soi et à l’autre.

Bien sûr faites du yoga. Mais si vous suivez un cours en ligne, faites une donation au prof. Ou mieux prenez un abonnement. C’est pas cher et vous aidez vous aussi le prof ! C’est du donnant donnant : ça c’est une vraie relation entre personnes.



Catégories :Réflexions

Tags:, , , , , , , , , ,

5 réponses

  1. Ouf! Beaucoup de choses dans ton post! Beaucoup qui me parlent. Je suis comme toi sidérée du nombre de cours offerts partout en ligne, à croire que plus plus personne n’a besoin d’argent pour vivre. Pourtant, j’ai aussi des amis qui travaillent en indépendant et je sais à quel point la situation actuelle est difficile et anxiogène…

    Aimé par 1 personne

  2. Désolée, je n’avais pas fini… J’ai choisi de payer le maximum car en ce moment, sur skype, elle assure un cours par jour, gratuitement pour ses élèves…. Quand je ne suis pas son cours du jour, histoire de ne pas saturer le réseau, je suis les cours de l’ashram Sivananda directement, ils sont sur you tube en accès libre en ce moment… Je suis aussi en indépendant, les charges sont uniquement décalées et toucher des aides ou le RSA n’est pas une solution pérenne, pas question de laisser tomber ma prof… Mais c’est la loi de la lutte pour la vie… De nombreux cours gratuits sont trop courts, mal expliqués, ne respectent pas les temps de relaxation/méditation/pranayama,… C’est de l’abattage pour attirer une nouvelle clientèle fragilisée… Sur le site de Chin Mudra, j’ai vu, dans l’autre sens, des heures de méditation à 30€, la séance…. Le bien-être se paie cher de nos jours, on va se retrouver avec des élèves douloureux et des méditants ruinés financièrement et mentalement…

    Aimé par 1 personne

    • Belle analyse ! Oui les situations sont très diverses. Je soutiens seulement que les profs peuvent faire payer leur cours (moins cher qu’en présentiel). Il fait qu’ils puissent vivre. Honnêtement ? Il y a déjà trop de prof. Par le passé, j’ai vu des cours à 5 euros. C’est se dévaloriser. Le yoga ne mène pas à ça. Par ailleurs, il pourrzit y avoir une vraie reconnaissance de ces métiers. Ils mettent aussi en lumière les pb fondamentaux de notre société. Votre attitude est super avec votre prof. C’est l’esprit du yoga. Bonne continuation pour la suite !

      J'aime

  3. Bonjour, et oui les propositions fleurissent, c’est normal, il y a pléthore de profs et de cours méditation et yoga. Pas de travail pour tout le monde, donc beaucoup de profs font du gratuit pour s’attirer un public, certains en profitent pour glisser des propositions payantes: conférences, cours particuliers,…. Il y a finalement peu d’altriusme dans tout ça… C’est la chasse aux clients… Pour ma part, je fais des cours avec ma prof habituelle, je lui paierais après le confinement mon 3eme trimestre illimité même si, je souhaite rester confinée jusqu’au 1erjuin au moins

    Aimé par 1 personne

Répondre à atmaprana Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :