Ethique et yoga

#Metoo a mis en exergue que dans le monde du yoga, le harcèlement sexuel existait aussi dans ce milieu. Sans revenir sur les noms du yoga associés à ces scandales, quoique en France ce ne soit pas le cas (en tous les cas à ma connaissance), cela met l’accent sur l’éthique en yoga.

Déjà dans les années 60, le yoga était fortement connoté par le mouvement des sectes. Aujourd’hui, l’éthique doit non seulement s’attacher à la spiritualité, à la place du professeur, mais aussi à l’argent, ou au sexe.

Pour être honnête, je ne pensais pas qu’il fallait vraiment se positionner vis-à-vis de l’éthique. Pour moi, l’éthique est sous-jacente au yoga : elle est tout aussi bien satya, brachmacharya que ahimsa. Sinon pourquoi faire du yoga ?

De fait, c’est pendant ma formation Forrest Yoga que la question de l’éthique est avancée nommément. Le Forrest Yoga a été créée par Ana Forrest qui a été abusée sexuellement, s’est droguée et était jeune sous l’emprise de l’alcool. Dans la posture du professeur, la façon dont on se place par rapport à l’élève est important, afin qu’il n’y ai aucune ambiguïté. Il doit y avoir de la distance entre les corps. Les gestes sont doux et créent un espace. C’est d’autant plus important que dans cet espace, l’élève doit se sentir libre. Libre de bouger, libre de pleurer, libre de crier, libre de s’exprimer.

Déjà dans ma première formation, l’anatomie était importante : proposer des asanas en respectant le corps. Ne pas chercher une flexibilité coûte que coûte : honnêtement certaines photos de yoga me font bondir quand un prof monte sur le dos de son élève pour qu’il s’aplatisse .. Peut on parler de respect ? N’y a t-il pas une intrusion du prof qui pousse son élève au-delà de ses limites ? Pas simple … car le prof est là aussi pour encourager. Attention, je ne dis pas qu’il faille pousser l’élève à ouvrir ses hanches ou faire la posture sur la tête à tout prix. Proposer une trajectoire à l’élève ou plutôt lui soumettre les options et le laisser s’exprimer. Au départ, un élève ne va pas se laisser s’exprimer : il va suivre les instructions du prof et aller au delà de son maximum. Car l’élève doit aussi jongler avec sa propre image. Hé oui … reconnaître que telle posture n’est pas faite pour son corps, c’est difficile aussi à accepter, alors que « tout le monde » y arrive.

Pas simple non plus quand on est prof de réaliser que, non, certaines postures sont réellement difficiles pour certaines personnes. Ce que je trouve intéressant, pour vraiment se « souvenir » c’est de pratiquer aussi entre profs et discuter, évaluer. Cela permet de progresser et de partager.

L’éthique du corps, c’est aussi proposer des accessoires si nécessaire. Je prends beaucoup de plaisir à imaginer, proposer diverses alternatives à chacun de mes élèves jusqu’à trouver la posture juste. Celle où l’élève pourra rester sans gêne.

Pour ma part, sans cesse, je rappelle que pour arriver à mettre mon pied derrière ma tête il m’a fallu un an… non je plaisante, je n’y arrive pas …Par contre, c’est vrai je « me » raconte souvent. Non pas pour être au centre, mais pour montrer que l’on est tous pareils et que l’on est tous sur un chemin, en progression.

La place du prof doit donc être envisagée quand on devient prof. Comment est-ce que je me positionne vis à vis de mes élèves ? Amie ? Guru ? Enseignant ? Accessible ? Inaccessible ? La bienveillance est le maître mot. Pas de jugement. Guru, certainement pas. Je ne suis pas un modèle, loin de là. J’ai moi-même des profs que j’adore. Admiration ? Non je ne pense pas mais énormément de respect pour ce qu’ils sont, ce qu’ils ont, ce qu’ils donnent. Pour le respect qu’ils me montrent et pour justement l’espace qu’ils m’offrent : celui où je m’exprime, me déploie et évolue. Avec mes erreurs.

Il y a la possibilité qu’un élève éprouve un sentiment pour vous. Cela m’est arrivé. C’était plutôt inconfortable car je ne souhaitais pas blesser. Mais en même temps, le fait de mettre gentiment la limite c’est aussi se respecter soi-même. C’est ce moment là qui peut être fragile puisque le prof peut avoir un ascendant sur les élèves : ascendant physique, on en a parlé, mais aussi spirituel. Il est très clair que nous sommes tous des être humains. Égaux. Libres de choisir à ce que l’on croit. Si on peut parler de spiritualité, il ne s’agit pas de convertir mais d’échanger et d’écouter. La spiritualité, qui n’est pas religion, doit simplement permettre de réfléchir, pour ceux qui le souhaitent. C’est d’ailleurs dans cet esprit que j’écris ce même blog. Mais où est la barrière entre présenter des idées et essayer de convaincre

Pour moi, l’éthique bien entendu consiste à respecter ses élèves en tant qu’être humains, quelque soit l’origine, le genre, le physique ou l’orientation sexuelle. Pas de différenciation mais une communauté. Pleine et entière. Pas de moquerie mais de la compassion / empathie / respect.

Ethique financière enfin. Je ne suis pas la dernière à dire que le yoga coûte cher. Sauf que le prof a besoin d’argent pour vivre et rares sont les profs qui roulent sur l’or. Le confinement a d’ailleurs mis dans la panade beaucoup de profs indépendants et même des salariés. Car prof de yoga c’est un métier. Alors ? L’éthique consiste à être clair sur la grille tarifaire, les possibilités de paiement, d’annulation, de report des cours. Pas simple de tout envisager n’est ce pas ? Par contre, j’ai beaucoup, beaucoup de mal avec le côté business du yoga : le tapis top truc par là, la brassière qui vous met en valeur, le savon qui vous fait voyager vers le samadhi, le mala protecteur, l’encens mystificateur, le super top teeshirt ou la gourde écolo. Certes, c’est très sympa mais un legging tout simple, un tee shirt classique ou la bonne vieille gourde que vous avez depuis votre adolescence ne feront pas de vous un moins bon yogi.

Votre éthique c’est vous qui la construisez. Bien entendu, beaucoup deviendront végétarien ou vegan. D’autres utiliseront le plus possible les transports doux, feront du recyclage, du compostage, économiseront l’eau, le chauffage. D’autres encore seront militants dans des associations à but humanitaire ou participeront à des projets associatifs écologiques.

Une éthique, je pense que cela se construit : on ne pense pas forcément à tout. On fait des erreurs aussi. J’ose dire que quand j’enseigne le yoga, je donne et je suis toute entière dédiée à mon ou mes élèves et que ce que je fais est proposé / fait pour faire du bien. Je crois aussi que l’on évolue avec son éthique, on la précise, on la réfléchit parce qu’on ne pense pas à tout. Et puis des fois, on se trompe, on tâtonne (mais toujours sans blesser ou atteindre l’intégrité des autres).

Alors pour moi, il est inimaginable qu’un prof puisse porter atteinte de quelque manière que ce soit à une autre personne. A ce moment là, ce n’est pas un prof de yoga; il n’a jamais vraiment su ce qu’était le yoga. Quand je dis inimaginable, cela ne renie en rien tous les scandales qui secouent le monde du yoga. Je veux simplement dire que le mot de yoga ne peut s’appliquer à ces personnes.

Pour moi, éthique et yoga c’est SATYA (Satya, vérité et sincérité), AHIMSA (Pourquoi faire des postures avancées ?, RESPECT (Le Hozho, Walk in beauty, la vie en Harmonie avec l’Univers et Forrest Yoga) , SAUCA (Sauca ou comment lutter contre le coronavirus !) aussi. Et pour vous ?

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Catégories :Réflexions

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