De l’importance du sens des mots

Le COVID 19 a paradoxalement mis en avant le yoga. Le mot BIEN ETRE est mis à toutes les sauces. A l’envie, à outrance. Trop !

« Ah qu’elle a été merveilleuse cette parenthèse car elle a permis à des milliers de gens de se mettre au yoga, de prendre soin d’eux, de se faire enfin du bien ! »

Cela c’est ce qu’on lit et entend partout. Et pas qu’en France. Je dis paradoxalement car dans le même temps le mot yoga a perdu sa signification première UNION. Le COVID 19 en créant la distanciation sociale a créé de la distanciation sur le tapis. le yoga 2.0 est né ! Aujourdhui, il est tout à fait normal, admis, que le yoga se pratique derrière un écran. La situation exceptionnelle de vient la norme. Faire du yoga quand on veut avec qui on veut. En consommateur. Le côté pratique a laissé la place à autre chose : il est devenu NORMAL de faire du yoga face à un ordinateur. Certes, pendant le confinement, cela se justifiait.  Mais maintenant, quel est le rapport de l’élève et du professeur ? Bien souvent, ce professeur ne connaît pas l’élève. L’entraperçoit. Plus de contact physique, plus d’échanges personnels ? Si j’ai fait partie des premières à dire que c’est chouette de pouvoir avoir accès à des cours ou des formations que je n’aurais jamais pu faire, là, maintenant, l’écran me disperse, me laisse seule, presque malheureuse. Où est la communauté créée autour du yoga. Combien avez vous eu d’échanges avec les personnes avec lesquelles vous étiez auparavant en contact physiquement ?

Moi le contact humain me manque. Une pièce avec des élèves. Entendre la respiration. Parler et échanger. Se voir vraiment?

Autre chose aussi. Le poids des mots : la litanie du bien être. On l’entend tellement que je viens à me dire que non décidément je ne prends vraiment pas soin de moi. Mais comment peut on dire ces choses ? Celui qui les prononce réalise -t-il la violence des termes ? J’ai parfois l’impression de me trouver face à des ayatollah. Mais qu’est ce que cela veut dire « le bien être » ? Qui juge du bien être ? A l’aide de quoi ? Des perceptions ? Des préjugés ? Une expérience personnelle ? Mais comment est-il possible d’éviter ses propres projections personnelles ? Quand je dis quelque chose à quelqu’un suis-je bien sûre de le faire honnêtement sans préjugé ? Comment la personne va-t-elle « recevoir » ce qui va être dit ? Le sens des mots est important. On n’aide pas nécessairement une personne en voulant aller dans une direction de « creuser pour faire émerger des émotions ». Et si cette direction était erronée ? Si au lieu de permettre à la personne d’aller au delà de ce qui la lient, on l’enfonçait un peu plus ?

Il est ici question de tenségrité. Qu’est ce que la tenségrité ? C’est la faculté d’une structure à se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui s’y répartissent et s’y équilibrent. La difficulté est de percevoir la nature de l’équilibre, s’il ne s’agit pas plutôt de compensation. Dans le corps et le mental.

Dire à quelqu’un qu’il ne fait pas bien ou ce que l’on pense qui n’est pas bien et ce qui serait bien pour lui, n’est pas honnête. C’est même violent. Il y a un jugement, l’entrée en ligne de compte de perceptions personnelles. La vue est biaisée. Le pire c’est que la personne jugée va essayer de donner des explications et alors s’entendra dire qu’elle se trouve des excuses, qu’elle se voile la face.

Alors bien être ?

Les ateliers de yoga, les formations de profs sont autant de lieux cathartiques où l’apprenti prof délaisse différentes peaux. Ces endroits sont normalement des endroits de bienveillance où on se sent suffisamment entouré et en sécurité pour explorer. Si le professeur respecte son élève et l’aide. N’en profite pas pour prendre un ascendant moral. C’est à ce moment là que se joue un élément crucial : l’honnêteté du prof. J’ai parlé dans Ethique et yoga des scandales qui secouent des centres de yoga car des professeurs ont abusé de leurs élèves. Il ne s’agit pas seulement d’abus physique mais d’abus psychologiques. Le professeur a une stature, a de l’ascendant parce qu’il sait. Le problème c’est qu’il connait le technique, le philosophique, il saura même sentir. Mais il n’est pas l’élève. Il n’est pas dans sa tête. Certes les années d’expériences, les formations vont l’aider mais pour autant sait-il vraiment ce qu’il se passe ? Ecoute-t-il vraiment l’élève ou bien déjà transforme-t-il ce qu’il entend ?

La conclusion repose sur SATYA, encore et toujours (Satya, vérité et sincérité) et sur la bienveillance. Dialoguer pour connaitre ses élèves, ne rien forcer, mesurer les termes employés. Un travail immense pour tout professeur de yoga et pour toute personne s’investissant dans le bien être.

 



Catégories :Réflexions

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