Ganesha

Ce n’est pas céder à la facilité ! Ecrire sur Ganesh, le dieu le plus connu et aimé d’Inde ? Tout le monde connaît un peu Ganesh, ce dieu débonnaire. Mais qui est-il ?

D’abord question de vocabulaire. On dit Ganesh ou Ganesa en sanskrit. Ou Ganapati, le Seigneur des Catégories (gana).

Ganesh est le fils ainé de Shiva et Parvati. Il a un frère, Karttikeya (ou Skanda).

Ganesh est le dieu de la sagesse et des forces intellectuelles, de la bonne fortune. Il est invoqué avant de commencer toute entreprise, il est dit siddhivinayaka, « celui qui enlève les obstacles ». Beaucoup d’ouvrages ont les mots « Saluts à Ganesh » en ouverture.

Le récit de sa naissance est multiple. Dans le Brahmavaivarta Purana, Ganesh est un cadeau fait à Parvati, qui désireuse d’avoir un enfant, accomplit la Panyakavrata, culte rendu à Vishnu (qui dure un an et est marqué par une ascèse visant la pureté). Shiva et Parvati présentent leur enfant à tous les dieux. Shani, la planète Saturne, se présente, le regard baissé. Parvati lui demande de regarder son enfant malgré la malédiction qui pèse sur Shani. En effet, Shani détruit toute personne sur lequel il porte le regard Et effectivement, après avoir mis en garde Parvati qui l’invite à le faire malgré tout, il regarde son fils. La tête de l’enfant est immédiatement séparée du corps ! C’est Vishnu qui rapportera une tête d’éléphant pour la fixer sur le corps. Il va sans dire que le pauvre Shani se retrouva encore une fois maudit ! Bon soit dit en passant, Shani est maudit parce qu’il a ouvertement trompé sa femme.

La légende plus connue est issue du Matsya Purana. Parvati qui s’ennuyait ferme pendant que Shiva était plongé dans une de ses très longues méditations, modela avec les huiles, onguents et impuretés issues de son bain, un enfant. La légende dit aussi qu’elle conçut le désir d’enfant pour en faire un gardien soumis à sa seule volonté suite à une énième intrusion de Shiva alors qu’elle prenait son bain. Elle plaça l’enfant à la porte de sa salle de bain pour qu’il en garda l’entrée en lui intimant d’en interdire l’accès à toute personne. Bien que j’appelle l’enfant Ganesa, celui-ci n’a pas encore de nom connu. Ganesa, donc, interdit à Shiva, qu’il ne connaissait pas, d’entrer (et Shiva ignorait qu’il s’agissait du fils de Parvati). De fureur, Shiva lui coupa la tête. Parvati déplorait tellement la disparition de son fils que Shiva ordonna qu’on lui ramena la première tête qui serait trouvée. Ce fut celle d’un éléphant.

Dans le Varaha Purana, c’est Shiva lui même qui crée Ganesh, à la suite de la demande des sages qui souhaitaient qu’il crée un être apte à faire obstacle à l’accomplissement des mauvaises actions. Ganesh, qui était tellement beau, suscita la jalousie d’un dieu qui l’affubla d’une tête d’éléphant et et d’un ventre volumineux. Alors Shiva dit à son fils : « Ton nom sera Ganesa, fils de Shiva, et tu seras le chef des Vinayaka et des Gana; succès et déception viendront de toi; grande sera ton influence parmi les dieux, dans les sacrifices et toutes les entreprises. C’est pourquoi tu seras honoré le premier, invoqué en toutes occasions, faute de quoi celui qui l’omettra ne mènera jamais à bien l’objet de ses prières. »

C’est pourquoi, on trouve des statuts de Ganesa un peu partout en Inde et surtout c’est la raison pour laquelle il fait autant partie des divinités des maisons. Ganesa est beau et très coloré. Et ce Ganesa multicolore ? J’ai eu la surprise d’apprendre qu’il était d’origine tantrique ! Eh oui ! Mais contrairement à ce qui est écrit supra concernant la « légende de Ganesa », le Ganesh puranique, le Ganesh tantrique n’a pas de récit mythologique qui lui soit consacré.

Ses attributs relèvent comme pour toute statuaire du symbolisme. La tête d’éléphant, emblème de sagesse, accompagné d’un rat ou le chevauchant. Il a généralement 4 mains, parfois 6 ou 8. Ganesa n’a qu’une défense et porte le non d’ekadanta. Il perdit sa défense dans un combat contre Parashurama, un disciple de Shiva. En effet, Ganesa gardait la porte de la chambre de son père (décidément ..). Parashurama se présenta et ordonna de voir Shiva. Ganesa l’en défendit. Une bagarre s’ensuivit. Parashurama lança sur Ganesa sa hache. Ganesa reconnut l’arme de son père (que Shiva avait donné à Parashurama) et la reçut avec humilité sur ses défenses. La présence d’une seule défense et de l’autre brisée symbolise le dépassement de tout dualisme. Ganesh a de grandes oreilles traduisant sa capacité d’écoute et de réflexion, son trident dessiné sur le 3ème œil rappelle le temps dans ses 3 dimensions, passé, présent et futur; sa trompe incurvée est le signe de sa capacité à explorer le réel et l’au-delà du réel; son pied relevé (et l’autre au sol) dénote son attitude à lier réalité matérielle et vie spirituelle; son ventre rebondi contient d’innombrables univers. Il incarne l’identité macrocosme (sa tête d’éléphant) / microcosme (le corps d’homme). Martine Buttex explique dans son ouvrage 108 Upanishad qu' »éléphant se dit gaja, ga=origine ja=fin. L’éléphant Ganesh symbolise donc l’origine absolue, le point d’où émane la sy:labe AUM, d’où émane à son tour la manifestation et les Védas. on peut aussi voir les trois mondes lorsque Ganesh est assis sur le rat : la tête d’éléphant est le macrocosme et le monde céleste (svar), le rat est le microcosme et le monde inférieur des instincts animaux (bhur), le corps humain est la jonction entre ces deux, étape intermédiaire (bhuvar) et levier d’évolution dans la hiérarchie créatrice. » Il tient avec ses mains, une hache (symbole de la coupe des désirs, source des souffrances), une corde (symbole de la force qui lie toute personne croyante à son ego), le mudra abhaya, geste de bénédiction et la fleur de lotus. Parfois il tient sa défense cassée pour écrire, entre autre, le Mahabharata sous la dictée de Vyasa (lire l’histoire de Vyasa). La souris (ou le rat) à ses pieds représente l’égo, cette partie de notre personnalité qui bien qu’invisible est hyperactive et très puissante. En chevauchant la sourie, Ganesh la domine et tient sous contrôles ses désirs, représentant ainsi la maitrise du mental, objectif vers lequel tend le pratiquant de yoga.

mudra abhaya

Le saviez vous ? Ganesa a une Upanishad : la Ganapati Upanishad, 89ème Upanishad du canon Muktika, appartenant à l’Atharva Veda (pour en savoir plus sur les textes sacrés de l’Inde, je vous recommande la lecture de Les textes indiens : s’y retrouver, et classé comme Upanishad de Shiva. Dans cette Upanishad, Ganesh est assimilé au Créateur, Brahman (lire aussi Brahman, Atman, Tu es Cela). Il est antérieur à Purusha, l’homme cosmique (lire La création du monde dans l’hindouisme). Il est le meilleur et le suprême parmi les yogis (ceci explique-t-il aussi sa popularité auprès des pratiquants de yoga). « Rouge de peau, fortement pansu, ses oreilles telles des vans à grain, vêtu de rouge, ses membres oints des senteurs du santal rouge, il s’estime authentiquement honoré par des offrandes de fleurs rouges ». Ganesh est les 5 éléments, il est au-delà des attributs de l’énergie universelle (les gunas, lire Les gunas et Les gunas), assis dans le Muladhara, il est l’être essentiel des trois shaktis (désir/action/connaissance), il est Vishnu (le préservateur), Rudra (le destructeur), Agni, Vayu, soleil et lune, Brahma et les trois mondes (je vous renvoie à la lecture de La Gayatri Mantra).

Ganesa est donc un dieu très présent, très important dans l’hindouisme. Parce qu’il apparaît sympathique, il est un dieu très connu dans le monde entier. J’ai toutefois une question : pourquoi est-il autant représenté dans les studios de yoga ou sur les autels personnels ? Qui n’a pas son Ganesh à la maison ? Cela veut-il dire que nous sommes tous hindous ? Ganesh fait partie du panthéon hindou. Pour moi, la question se pose. Tout comme celle de l’appropriation culturelle. J’ai un Ganesa à la maison. Pour autant je ne suis pas indienne, ni hindou. Je cède donc au symbolisme tout comme toute personne ayant des objets signifiant pour eux quelque chose. A mon sens c’est un bon signe : le rationnel de la vie actuelle est en partie contre balancé par le lien avec la spiritualité. Alors ce recours en Occident à Ganesh, mais pas que, est-il un signe d’un retour fort de la spiritualité ? De l’imagination ? Du non à la Performance, du toujours en avant ? Peut-on y voir le début d’un quelque chose permettant d’espérer que la société change ? Je pose la question. Je n’en connaît pas la réponse mais j’espère, j’espère que oui et j’espère que Ganesh est là pour lever ce voile qui nous obscurcit la vue même si c’est bien nous les humains qui en avons les moyens et qui devons en avoir la volonté !

Je vous recommande les lectures de « Les mythes des Indes » de Michel Angot, éditions Seuil, « Mythologie hindoue » de W.J Wilkins, éditions L’Harmattan et « 108 Upanishad » de Martine Buttex éditions Dervy.



Catégories :Mythes et mythologies

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5 réponses

  1. Bonjour Caroline merci beaucoup pour ce partage. C’est une bénédiction de pouvoir te lire le matin.
    Catherine

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  2. Ce matin j ai passé du temps sur un des mantras de Ganesh , quelle coïncidence

    Aimé par 1 personne

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