J’ai lu : Fierce Medicine de Ana Forrest, épisode 3 ou le Forrest yoga et les asanas

C’est la partie émergée de cette pratique : les asanas et c’est en grande partie sur cet aspect que, nous tous, nous posons notre regard et notre affect pour déterminer si oui ou non cette partie de yoga nous convient.

J’ai reçu des remarques concernant le Forrest Yoga et un grand merci. J’ai moi-même eu des doutes sur mon approche de cette pratique : est ce que cela me convient vraiment ? N’est pas trop physique ? Intense ? trop dur ? alors que justement je dois instaurer plus de douceur vis à vis de moi même. N’y a t-il pas un hiatus entre ce qui est proposé : prendre soin de soi, l’intensité de la pratique voire même avec la personne de Ana Forrest ?

Pendant ma formation de Forrest Yoga, il y a eu de grands moments de doutes. Pas parce que je me sentais misérable avec mon niveau d’anglais pou mon accent si désespérément français, mais plutôt parce que parfois c’était trop dur alors que je RESSENTAIS l’envie de faire quelque chose de très très doux. Et quand je dis doux je ne pense pas au yin yoga (qui est une pratique, à mon sens, sous des dehors très simples, très intense pour les articulations notamment) ou au hatha yoga (moins rapides qu’un vinyasa). Non je pensais carrément à savasana et au yoga nidra.

Le Forrest Yoga se pratique si possible dans une atmosphère chaude pour d’une part aider l’élastine des corps à se détendre mais aussi pour évacuer par la sudation les toxines et tout ce que l’on renferme en soi. Les cours sont construits selon un courbe ascendante et descendante : un échauffement très progressif, une accélération avec les « vignettes », un apex (on va dire la posture summum) et d’abord une décélération puis la détente. Jusque là, rien de très différent avec les autres « styles ».

Premier élément fondamental : l’absence de drsti, de regard posé sur les doigts par exemple. Parce que souvent, cela induit une torsion de la nuque, selon Ana Forrest inutile avec nos métiers de dingue où nous sommes la plupart du temps les yeux rivés sur un écran. Regardez vous juste là ou bien quand vous vous apprêtez à écrire quelque chose. les épaules tombent vers l’avant, la tête tire vers l’avant. Vous sentez les tensions dans le haut du dos et la nuque ? C’est de cela dont on parle. Quand les drsti ont été reportées dans les pratiques modernes de yoga, l’ordinateur n’existait pas. Bon vous me direz, oui mais cela permet une concentration infinie … Je répondrai : qu’est ce qui empêche de poser les yeux sur ce qu’il y a en face de vos yeux et de vous concentrer ? C’est surtout la concentration intérieure qui est importante …

Deuxième élément : les abdominaux. Je vais être très franche. Certains pratiquants auront une sangle abdominale forte, bien dessinée, sans rien faire d’autre. Tant mieux. Maintenant si vous êtes profs, observez vos élèves. Quelle est la première cause de souffrance en France ? Le dos ? Pourquoi ? Notamment en partie parce qu’il n’y a plus d’abdos, ou peu, qu’ils ne travaillent pas en synergie ou que les abdos cosmétiques (leurs vrais noms) prennent le dessus sur les abdos profonds, ceux qui font la sangle abdominale. Alors, oui il y a des abdos. Et tout de suite on sent que c’est nécessaire. Et on le voit car les gens soufflent de plus en plus fort, voire gémissent, deviennent tout rouge ou abandonnent … Rien que du bien normal. Alors il y a une série plus ou moins longue d’abdo accompagnée d’une très grande concentration sur la respiration et son optimisation. N’oubliez pas, les abdos sont des muscles et ont besoin d’oxygène !

Troisième élément : il y a pas mal de « guerriers », virabhadrasana (1 et 2). Les cuisses chauffent. On reste longtemps. 5 respirations au moins. Plus selon l’intention ou si vous pratiquez seul selon ce que vous ressentez. Il y a peut être moins de postures en Forrest par contre il y a une infinité de variation dans une posture. Et c’est là un élément fondamental. On utilise les accessoires : sangle, briques, couverture, rouleau, le mur ! Le but n’est pas la posture. Le but c’est de sentir son corps, puis son cœur puis son âme (ou directement son âme, son Esprit) ! On n’adapte pas le corps aux postures, on adapte les postures au corps. Non seulement l’enseignant enseigne différents niveaux mais en plus, il peut proposer des variantes de la posture en fonction du corps de l’élève. Et puis après on peut seul choisir. Ce n’est pas fuir une posture c’est la modifier pour la sentir. par exemple, un triangle contre le mur. Par exemple le guerrier en torsion (twisting warrior) : soit vous êtes capables d’être en torsion sur la jambe avant en guerrier 1, soit vous êtes en fente, soit vous déposez le genou arrière sur le sol. Et les bras sont sur la cuisse ou la main sur le sol, ou sur une brique ou très loin de la jambe sur une brique ! bref, c’est infini ! Mais c’est ce qui va compter c’est avant tout la RESPIRATION. De nombreuses indications verbales vont porter sur la RESPIRATION. Et j’apprécie personnellement plutôt que d’entendre comment arriver et être dans une posture parfaite où on va se focaliser sur le corps en oubliant l’importance du souffle.

Quatrième élément, les équilibres. C’est là que la force / puissance est importante. Et c’est peut être là que se niche l’intensité physique de cette pratique. Oui c’est dur, et je suis la première à le dire. Mais j’ajouterai immédiatement que c’est parce que j’ai peur. Dès que j’ai la tête à l’envers, pas moyen la peur de tomber arrive et mon cerveau reptilien sort les aérofreins : impossible de faire passer sereinement le bassin au dessus du dos !Alors oui forcément c’est intense. Mais c’est aussi un jeu. Un moment, on oublie qu’on fait du « yoga ». On joue, on défie ses instincts primaires. On joue avec ses parts d’ombre ! On parle avec compassion à son corps et son mental. On s’accepte. Tous les profs avec lesquels j’ai pratiqué (Amie, Jambo, Charlie, Sita) en vrai (physiquement parlant) sont extraordinaire d’ouverture, de essentiellement d’absence de jugement.

Cinquième élément, à mon sens le plus important : l’intention. Loin l’idée que l’intention soit l’ouverture des hanches ! Non ! L’intention est spirituelle. Elle est en connexion avec ce que j’ai écrit dans J’ai lu : Fierce Medecine de Ana Forrest et J’ai lu : Fierce Medecine de Ana Forrest, épisode 2. Et là on s’éloigne des pratiques classiques. Je suis d’accord, cela n’a rien à voir avec la tradition indienne. Cela a tout à voir avec le cœur. Ce cœur qui nous anime et guide notre chemin. C’est avec le cœur qu’on parle, que l’on agit que l’on regarde l’autre (cf Satya, vérité et sincérité). Alors oui, la pratique est intense car elle demande de se montrer réellement, honnêtement. Et notamment dans ses faiblesses (cf Qui suis-je ? Vulnérabilité, honte et empathie …). Et c’est presque cela que je préfère le plus. Eure dans cette communauté où on ne cache rien, où on apprend à laisser ses différentes peaux pour être vrai et aller ainsi dans le monde. Pas simple. Cela signifie se parler avec honnêteté, respirer avec son cour, par le cœur, se connecter avec Soi, avec les autres, avec la Nature. S’ouvrir, se laisser guider par son instinct, ne pas lutter, essayer, accepter. Que puis je faire pour moi ? Que puis je faire pour faire un pas de plus sur mon chemin ?

Ana Forrest propose diverses pistes dont celles des asanas, en exhortant les élèves à respirer avec ujjayi, à réaliser la respiration du lion en fente (vous savez cette respiration où vous expirez la bouche ouverte en tirant la langue, voire en louchant, pour tout faire sortir), et ouvrir son cour avec la posture du chameau, soutenue contre le mur.

Alors oui c’est une pratique intense parce qu’on rentre intensément en soi. Cela demande de l’amour et une très grande dose de compassion. Vous pouvez rapprocher cela de votre propre tradition, et je suis sûre que vous trouverez des éléments communs, avec des noms différents. Mais je vous incite aussi à découvrir et essayer le Forrest Yoga. Au moins pour voir !

Merci aux personnes qui m’ont contactées car leurs questions ont fortement nourri cette réflexion. Et je dirai même qu’elles m’ont fait redécouvrir des aspects plus profonds du Forrest yoga ou de ma pratique à moi d’ailleurs. Pour en savoir plus, il faudra attendre le prochain épisode !

Aho Puissions nous tous marcher dans la beauté !



Catégories :J'ai lu

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1 réponse

  1. Merci pour cet article qui nous permet de mieux comprendre d’où vient cette première impression d’intensité. Bonne pratique!

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