Avalokitesvara, Kwan Yin, Guan Yin, Chenrezig : bodhisattva de la compassion

Il y a quelques mois, j’ai vraiment rencontré la culture bouddhiste à travers Kwan Yin. Son image, ce qu’elle représente, m’ont beaucoup plu. En France, elle n’est pas trop connue comme telle. On lui connait plutôt le nom d’Avalokitsevara ou Chenrezig en tibétain.

Le terme sanskrit bodhisattva désigne des êtres (sattva), humains ou divins, qui ont atteint l’état d’éveil (bodhi). Ils devraient donc porter logiquement le nom de bouddha (« éveillé ») et être à jamais libérés des contingences existentielles. Le bouddhisme cependant, spécialement sous sa forme du « Grand Chemin » (Mahāyāna), enseigne que certains bouddhas suspendent, par compassion pour leurs semblables, leur entrée dans le nirvāṇa et veillent sur les hommes à la façon des anges gardiens. (Encyclopedia Universalis).

Avalokitesvara ou Kwan Yi en Chine est une femme en Chine, un homme au Tibet sous le nom de Chenrezig. Son nom signifie le Seigneur (isvara) qui observe vers le bas (qui observe les hommes).

J’ai déjà parlé d’Avalokitesvara dans Om Mani padme Hum : le joyau du lotus. Il apparait dans le Sutra du cœur. L’actuel Dalai Lama est une émanation d’Avalokitsevara.

Ce texte, très court, qui se présente comme le « cœur » des sûtra bouddhistes indiens de la Perfection de Sagesse (prajñâ pâramitâ) est devenu en Chine, puis au Japon, une sorte de credo aux vertus magiques. Avalokiteshvara, en pratiquant profondément la sagesse, découvrit que les cinq skandhas sont tous pareillement vides. Et c’est alors qu’il dépassa toute souffrance.

Voici le texte du soutra du coeur, vous comprendrez un peu mieux (pour moi, c’est encore un peu obscur, je vous l’avoue). Les skandha sont le corps, les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Pensez à la métaphore du char dans la Bhagavad Gita !

« Ecoute, Shariputra : ce corps-même est le vide, et le vide-même est ce corps.

Ce corps n’est autre que le vide, et le vide n’est autre que ce corps.

Il en va de même pour les sensations, les perceptions, les formations mentales et la conscience. Ecoute, Shariputra : tous les phénomènes portent l’empreinte du vide, leur nature véritable n’est ni la naissance ni la mort, ni l’être ni le non-être, ni la pureté ni l’impureté, ni la croissance ni la décroissance.

C’est pourquoi, dans le vide, le corps, les sensations, les perceptions,les formations mentales et la conscience, ne sont pas des entités dotées d’un soi séparé.

Les dix-huit domaines, que sont les six organes des sens, les six objets des sens et les six consciences, ne sont pas non plus des entités dotées d’un soi séparé.

Les douze liens de la co-émergence interdépendante et leur extinction ne sont pas non plus des entités dotés d’un soi séparé.

Le mal-être, les causes du mal-être, la fin du mal-être, la compréhension et la réalisation ne sont pas non plus des entités dotées d’un soi séparé.

Quiconque peut voir ceci ne voit plus aucun objet à atteindre, et les Bodhisattvas qui pratiquent la sagesse qui nous mène à l’autre rive ne voient plus aucun obstacle dans leur esprit, ils dépassent toute peur, ils détruisent toute perception erronée et réalisent le parfait nirvana.

Tous les Bouddhas du passé, du présent et du futur, en pratiquant la sagesse qui nous mène à l’autre rive, sont tous capables d’atteindre l’illumination authentique et parfaite.

Ainsi, Shariputra, nous devons savoir que la sagesse qui nous mène à l’autre rive est un grand mantra, le plus lumineux des mantras, le plus élevé des mantras, un mantra au delà de toute comparaison, la sagesse véritable qui a le pouvoir de mettre fin à toutes les souffrances.

Ainsi, proclamons un mantra en éloge à la sagesse qui nous mène à l’autre rive : Gate gate paragate parasamgate bodhi svaha ! »

Et oui, en fait en chantant le Gate Gate avec Deva Premal en fait vous chantiez le mantra d’Avalokitshevara.

Continuons dans les textes. En voici un très beau qui est invoqué à Kwan Yin.

« La nuit le chant du Soutra du Lotus
A secoué les galaxies.
Le jour suivant quand notre planète s’est réveillée,
La terre était couverte de fleurs
Tathâgata aux milliers d’aspects merveilleux,
Puis-je vous poser encore cette question :
Pourquoi ce Bodhisattva-là
S’appelle-t-il Avalokita ?
L’Honoré du monde à l’allure merveilleuse
Répondit à Aksayomati :
Parce que les actions inspirées par sa haute aspiration
Peuvent répondre à tous, où qu’ils soient.
Ses vœux aussi immenses que les océans
Furent formulés depuis des milliers de vies déjà.
Avalokita a accompagné des centaines de millions de Bouddhas
Et sa grande aspiration fut purifiée par la Pleine conscience.
Je vous réponds juste en quelques mots :
Quiconque entend son nom ou voit son image
Avec un esprit parfaitement recueilli et pur,
Vaincra toute souffrance en tous les mondes.
Quiconque jeté dans un gigantesque enfer de feu
Par quelqu’un aux intentions cruelles,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et l’enfer de feu se transformera en un étang de lotus.
Noyé dans les eaux d’un vaste océan,
Affrontant des Dragons, des Démons et des Poissons,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et il sera sauvé de la noyade dans les vagues tempétueuses.
Poussé par son ennemi
Du haut du Mont Sumeru,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et pas un seul de ses cils ne tombera.
Encerclé par des bandits armés
Qui essaient de le tuer ou de lui nuire,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et les armes se briseront en morceaux.
Enfermé dans une prison
Les pieds et les mains enchaînés,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et il sera remis en liberté.
Empoisonné ou ensorcelé,
Sa propre vie en danger,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et le malfaiteur lui-même subira le mauvais sort.
Face au Yaksa féroce et violent,
Aux cruels Dragons et aux méchants démons,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et aucun n’osera lui faire du mal.
Entouré de bêtes féroces
Aux terribles crocs et griffes,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et tous fuiront à grands pas.
Au milieu des serpents venimeux et des scorpions,
Dans le feu à la fumée nocive,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Ce son les fera partir d’eux-mêmes.
Sous le tonnerre, la foudre, les nuages orageux, les éclairs,
Et les grêles qui se déversent à torrent,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et tous se dissiperont à temps.
Les êtres en grande détresse,
Opprimés par une souffrance illimitée,
Seront sauvés de mille manières
Par le pouvoir merveilleux de la compréhension d’Avalokita.
Doté de tous les pouvoirs miraculeux,
De sagesse infinie et de moyens adroits,
Il n’y a pas un seul endroit dans les mondes des dix directions
Où le Bodhisattva ne fasse son apparition.
Les chemins menant aux royaumes des ténèbres,
De l’enfer, des démons et des bêtes,
De la souffrance causée par la naissance,
La vieillesse, la maladie et la mort,
Disparaîtront aussi jour après jour.
Son vœux et sa méditation de chaque instant sont de :
Regarder profondément la Vérité, la Pureté,
La Vision Profonde et Immense,
L’Amour bienveillant et la Compassion.
Le Regard Profond sur l’Immaculé et la Pureté,
Le soleil de la Sagesse dissipe les ténèbres,
Maîtrise les désastres, les vents et le feu
Et illumine le monde entier.
Le cœur de la Compassion est pareil aux coups de tonnerre.
L’Amour bienveillant est comme de doux nuages.
Le nectar du Dharma tombe en pluie
Et éteint le feu des afflictions.
Quiconque se trouve en procès et dans une salle d’audience,
Dans des zones militaires terrifiantes,
Qu’il invoque le nom d’Avalokita,
Et toutes rancunes et haines se neutraliseront.
Nous devrions toujours être attentifs à
La Voix merveilleuse de son écoute profonde,
La Voix suprême, la Voix de la Marée Montante,
La Voix libérée de toute voix du monde ordinaire.
Dans les moments dangereux, de souffrance et de mort,
A chaque invocation, sans aucun doute,
Avalokita est la Pureté et la Sainteté,
Dans lesquelles nous devrions prendre refuge.
Inclinons-nous profondément devant celle qui,
Emplie de toutes les vertus possibles,
Regarde le monde de ses yeux compatissants.
Un océan de mérites incommensurable.
Hommage au Bodhisattva Avalokita (21 fois). »

Mais parce que calquer l’histoire de Kwan Yin sur celle d’Avalokitsevara serait trop facile …

Rien n’est similaire si ce n’est les symboles, ce que cela signifie. Il y a toujours plusieurs légendes, et, il faut bien souvent aller au-delà de la légende pour retenir le symbole. Ici, ce sera la compassion.

Mais plongeons nous dans la légende de Kwan Yin, trouvé avec Wikipédia :

Sous la Dynastie du Ciel d’Or, le roi Miaozhuang désirait un héritier, mais comme il avait fait couler le sang à la guerre, il ne fut pas exaucé, et son épouse lui donna trois filles, dont une s’appelait Miao-shan.

Quand vint le temps de les marier, Miao-shan refusa, voulant devenir bonzesse, et tous les efforts du roi pour vaincre la résistance de sa fille restèrent vains. Miao-shan entra donc dans un temple. Le roi ordonna aux nonnes de rendre difficile la vie de la princesse afin de la détourner de cette voie. Mais Miao-shan supportait tout sans se plaindre. Ému par tant de piété, l’Empereur de jade lui envoya des Esprits pour l’aider. Le roi, excédé, ordonna alors de brûler le temple. Les nonnes implorèrent l’aide de Miao-shan qui pria le Ciel. Sa demande fut exaucée : la pluie éteignit l’incendie.

Voyant cela, le roi décida de faire exécuter sa fille. Alors, une fois encore, le Ciel intervint, et l’Empereur de jade chargea un Esprit de veiller sur le corps de la jeune fille, afin qu’aucun mal ne lui soit fait, car ce corps était promis à devenir celui d’un Bodhisattva. Pourtant Miao-shan fut malgré tout exécutée, et l’esprit emporta son corps dans la forêt.

Quand Miao-shan rouvrit les yeux, elle était dans l’autre monde où on lui fit visiter les dix-huit enfers, lui demandant de prier en ces lieux. Dès qu’elle commença ses prières, les supplices cessèrent et les damnés furent gagnés par la joie : l’Enfer était devenu Paradis ! Effrayés, les gardiens du lieu renvoyèrent l’âme de Miao-shan sur terre afin qu’elle retrouve son corps préservé resté dans la forêt.

Miao-shan se réveilla cette fois dans la forêt déserte, et se désespérait qu’il n’y ait personne pour qui prier quand survient un inconnu qui se dit ému par son histoire et s’engage à l’épouser : la princesse repoussa fermement l’offre. L’homme lui révéla alors qu’il était en réalité le Tathagatha (=Bouddha), qu’il avait testé sa foi, et qu’il allait l’emmener à la pagode du Mont des Parfums, sur l’île de Putuo. Là, elle aurait tout loisir de prier pour le salut des êtres.

Elle passa neuf ans sur le Mont Putuo à se perfectionner, et devint ainsi la Reine des « Trois mille bodhisattva » et de tous les êtres de chair. Le bodhisattva des Enfers, Dizangwang (Kshitigarbha), s’émerveilla de tant de vertu et décida d’en faire la Souveraine du Ciel, de la Terre et du Bouddhisme.

Et puis un jour, le père de Miao-shan tomba gravement malade. Il s’engagea à céder son trône à qui le guérirait. Arriva alors un moine qui lui dit que le médicament capable de le guérir devrait être fait d’un bras et d’un œil provenant d’une personne pure et sans tache résidant sur le mont Putuo.

Le roi envoya un messager pour demander l’aide de cette sainte personne, ignorant qu’il s’agissait de sa fille Miao-shan. Celle-ci se mutila sans hésiter, le roi fut sauvé. Il souhaita alors remercier lui-même cette femme, et lui proposer son trône. Voyant Miao-shan, il lui demanda pardon pour tous les maux qu’il lui avait infligés. Puis il lui fit construire un temple sur la montagne.

L’histoire se termine par la transformation de Miao-shan en Guanyin au cours d’une grande cérémonie. Elle monte sur son trône de lotus, et par la suite, s’entoure d’un jeune garçon, Chancaï, et d’une jeune fille, Longnü, pour l’assister. Débordante de compassion, elle fait vœu d’aider tous les êtres vivants, et pas seulement les humains, jusqu’à ce qu’ils soient tous délivrés de la souffrance. Elle réside dans l’île du mont Putuo, où elle se consacre totalement à la méditation

Sous sa forme féminine, Kwan Yin peut apparait avec 18 bras et trois yeux. Elle porte une couronne sur laquelle apparaît Bouddha Amitabha, le Bouddha de la lumière sans limite. Son corps est jaune incrusté de jade et de perles. Elle est assise sur un lotus. Elle a deux mains formant le mudra de la vie et elle porte dans ses 16 autres mains différents attributs : un vase précieux, une bannière de la Victoire, le nœud éternel, une urne de sagesse, un lotus, la roue du Dharma, un conque, un sceptre, la représentation de la sagesse, une couronne, un fruit lourd, un crochet, une hache, une épée de sagesse, des mala et le Mudra du courage.

Ces bras sont capables d’éliminer le mauvais karma. De plus, il y a souvent deux serpents naga (ou dragons) qui gardent son trône de lotus, Nanda et Upananda.

Pourquoi cette énumération ? La méditation bouddhiste peut consister (car je n’en connais que cette aspect) à psalmodier avec son mala le mantra du bouddha ou du bodhisattva « choisi », ici Avalokitsevara ou la déesse Kwan Yin et de visualiser chacun de ses attributs. Je dis « choisi » entre guillemets car ce n’est pas un choix conscient ou réfléchi. Cela vient tout seul, sans raison apparente. les raisons sont profondes et quelque chose vous a touché au point de vous obséder, de revenir constamment. Pour moi, cela a été le cas. Et quand je médite sur l’un des (nombreux attributs) de mon bodhisattva, je comprends pourquoi ! Mais c’est déjà un autre sujet que je développerai bientôt … quand je me sentirais prête !

3 réflexions au sujet de « Avalokitesvara, Kwan Yin, Guan Yin, Chenrezig : bodhisattva de la compassion »

    1. Oui ! Je l’ai lu et d’autres … c’est parfois difficile d’expliquer pour moi certains concepts car je ne suis pas suffisamment familières. C’est un grand début pour moi. Surtout que mon enseignant est sino vietnamien donc un magnifique syncrétisme entre Dao et bouddhisme ésotérique. Chaque jour j’apprends un peu mais j’ai besoin de remâcher ce que j’entends, et lis. Je relirai le lien très très bien par ailleurs ! Merci !

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