Les rapports prof-élève … premiers pas vers une éthique

Le titre est racoleur … il n’en demeure pas moins qu’il est d’actualité. Même si la France semble moins touchée que d’autres pays (et encore, je tempère : je dirais plutôt que l’information y circule bien moins), sexe et yoga entretiennent des rapports qu’il faut passer à la loupe de l’éthique.

Il n’est absolument pas question de tantrisme ici. Il est question de l’influence d’un professeur sur son élève, thématique qu’il est par ailleurs possible d’élargir à d’autres sphères : sport, politique, enseignement …

Un de mes professeurs a écrit à l’ensemble de ses élèves afin de faire acte de « contrition » (est-ce le mot juste ?) : il a eu une relation amoureuse avec l’une de ses élèves. Tempête sur les groupes privées de facebook !

Comment un professeur de yoga peut-il éviter d’entrer dans une relation dominant / dominé ? Que faire lorsque cette relation existe ? L’élève est-il fautif ? Comment éviter cette situation ? Quelle est la responsabilité des uns et des autres ? Comment agir ? Aujourd’hui, je souhaiterais aborder la relation professeur – élève.

Nous sommes certainement nombreux à éprouver de la gratitude envers le ou les professeurs qui nous ont accompagnés ou nous accompagnent sur notre chemin de yoga. Est-ce que cela fait de lui ou d’elle un gourou ? un maitre alors ? Et d’abord, y a t-il sémantiquement une différence ?

Dans l’hindouisme moderne, le gourou est le « maître spirituel » dans la mesure où on le tient pour riche en force magique et en science sacrée. Le plus souvent, il s’agit d’un renonçant (samnyāsinsādhu) qui, lorsqu’il a atteint pour lui-même le plus haut degré de développement spirituel, obtenant par là la délivrance (moksha , accepte de communiquer à des disciples le secret de sa réussite. Ayant lui-même reçu l’initiation de son propre maître, il la prodigue à son tour assurant ainsi la pérennité de sa lignée initiatique. Le savant sera le pandit ou un shāstrī (« savant »), le religieux le swāmi ou l’ācharya (« docteur », « maître »). 

La différence dans la terminologie permet d’appréhender les rapports entre celui qui sait et l’impétrant, celui qui ne connait pas. En effet, je dirais qu’il y a une véritable relation d’abandon avec un gourou peut être due à cette dimension mystique, sacrée et spirituelle qui n’existe pas avec un Maître : celui que l’on vénère pour son savoir mais peut être pas pour la personne humaine qu’il est. Le gourou dispose d’une espèce de pouvoir magique et il subjugue (dont la signification est « séduire complètement, exercer un grand ascendant sur quelqu’un »). Le gourou domine : il est Supérieur. Les gens autour de lui se prosternent, se soumettent complètement, sont fascinés, attirés, en perdent leur raison pour être totalement avec le gourou. C’est pour cette raison que le terme gourou en France est très liée au mouvement sectaire. Et c’est vrai qu’il est bien difficile de dire qu’un gourou n’est pas à la tête d’une secte. Ce qui étymologiquement n’est pas faux : un gourou est le leader d’une spiritualité érigée en religion, généralement dans un petit groupe.

Selon mon ressenti, le Maître a une posture un peu différente. Il est dépositaire d’un Savoir mais peut être sans cette aura de magie. Le Maître est le Savant. Je le distingue du gourou mais la frontière est fragile et elle est très subjective. Mais je dirais qu’un gourou est par essence entourée physiquement. Le Maître ne l’est pas nécessairement. La domination morale, spirituelle voire physique n’est donc pas la même.

L’honnêteté, SATYA, qui doit guider les relations humaines et spirituelles devrait conduire à une véritable confiance et une éthique de responsabilité de la part du gourou mais aussi de l’élève. Puisque l’élève, le disciple, se remet complètement au gourou, celui-ci à la responsabilité de notre personne. L’élève se remet en conscience au gourou. Sa responsabilité est là. La difficulté réside dans la fragilité émotionnelle que chacun traverse à un moment dans sa vie. Et alors se remettre en conscience au gourou relève d’une gageure. Et c’est d’ailleurs dans ces cas là que la domination s’exerce : c’est lorsque nous sommes plus fragiles, atteints que nous nous remettons en l’autre, en la solution qu’il apporte ou nous promet.

Malheureusement cela suppose que l’EVEIL auquel prétend ce gourou a fait de lui un être pur et honnête. Malheureusement, le pouvoir corrompt. Le pouvoir corrompt et séduit. Celui qui a le pouvoir est bien souvent charismatique pour un cercle plus ou moins restreint de personnes. Je dis corrompt car quel est celui qui se fait appeler GOUROU qui n’a jamais franchi les barrières de l’éthique, de la responsabilité et de l’honnêteté ? Celui qui ne cherche pas de faveur particulière ? Or le gourou prend de l’ascendant sur son élève : relations sexuelles, viols, argent, élève passant des heures à servir le maitre. Scandales à travers le monde : je crois que tous les styles, toutes les écoles ont été touchées : Satyananda, Bikram, Yiengar, Swami Rama, John Friend (fondateur de l’Anusara), Patthabi Jois, Muktananda, Satchitananda, Yogi Bajan, Amma … et d’autres moins connus …

Que cela soit bien clair, les viols, les attouchements inappropriés, les cas de soumission sont insoutenables, horribles, scandaleux, à vomir.

Comment faire pour éviter cela ?

Un de mes professeurs a donc mis deux ans pour révéler qu’il avait eu une relation sentimentale avec une élève.

Se pose la question de l’impact, du pouvoir, d’un professeur sur un élève. Le professeur profite-i-il de l’élève ? Exerce-t-il une domination ? La réponse n’est pas facile car elle suppose dans le même temps que l’élève est manipulée.

En un sens, l’élève a aussi une responsabilité. Ce n’est pas parce qu’en tant que prof je donne des cours que je suis un gourou et que je demande aux élèves de m’élever à ce statut. C’est à dire que je ne maitrise pas les émotions des élèves. En tant que prof je ne peux que m’engager à être responsable (c’est à dire à respecter les lois, à ne pas abuser de la personne), honnête et garder de la distance.

Et en tant qu’élève que je suis, même si je respecte mes professeurs pour le savoir qu’ils me transmettent, je n’oublie jamais qu’ils sont humains et susceptibles d’erreurs et d’émotions. Et en tant qu’élève, j’accepte cet état de fait. Mais je ne vis pas un cataclysme dans ma vie, une souffrance qui me fait rechercher une solution dans l’autre. Je ne dépend pas d’eux même s’ils ont une lace importante dans ma vie.

Quelle a été ma réaction face au courrier de mon professeur américain ?

Il ne s’agissait pas de viol. Par contre, il n’est pas exclu que l’élève ait agi par fascination. Le comité d’Ethique de l’Institution qu’il a créé statuera. Je n’ai pas assez d’éléments pour me faire ma propre opinion. Et puis, je dis que ce n’est pas un viol … mais en définitive comment le ressent l’élève, maintenant, sortie de cette fascination ?

Ce qui m’a également choqué, c’est qu’il a été le chantre de la séparation très distincte entre élève et professeur en répétant plusieurs fois que le gourou ne devait jamais avoir de relations intimes avec des élèves. Mais l’erreur est humaine (si les deux parties sont vraiment consentantes). Ce qui me fait dire que de de gourou, il n’y a point.

Savait-il, comprenait-il que l’élève était en fait en état de faiblesse ? Je n’ai pas d’élément pour le dire bien que sa posture nationale et internationale de prof de yoga dans le milieu depuis plus de 40 ans laissent peu de doute …

Ce qui m’a gêné, c’est que cette rupture avec son code d’éthique vis-à-vis de nous ses élèves n’a été révélé que deux ans après. Pourquoi aussi tard ? Et pourquoi maintenant ? Très certainement, la viabilité économique de l’école est en question. Mais je ne suis pas certaine de cette dernière assertion.

Le sens et la profondeur de l’enseignement n’est pas à remettre en question. Mais ce scandale outre-Atlantique a provoqué une véritable tempête de questionnement sur ma responsabilité en tant que professeur. Je n’ai pas le même charisme que mon enseignant et absolument pas le même nombre d’élèves. Mais je me dois d’être honnête avec mes 6 élèves et je suis en train de considérer ma façon d’être, de m’exprimer, de dire les choses, de toucher afin d’être la plus responsable et honnête possible.

Comment alors éviter les dérives ? La réponse réside peut-être dans une véritable interrogation sur notre positionnement au regard d’un code d’éthique qui me semble primordial pour le professeur et ses élèves afin d’éviter ces dérives qui ternissent la nature véritable du Yoga.



Catégories :Réflexions

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3 réponses

  1. Avoir une relation sentimentale et une relation sexuelle sont bien des choses différentes . Tous ces scandales autour du yoga et des enseignants font partis de tous ces scandales liés au pouvoir , dans tous les milieux.
    Garder de la distance en tant qu élève ou en tant qu enseignant est primordial mais il est parfois si difficile d être détaché , comme vous le dites,selon les fragilités des uns et des autres .l’honnêteté et le détachement sont des qualités primordiales. Merci pour ces articles

    Aimé par 1 personne

    • Vrai la différence entre relation sentimentale et sexuelle. en l’occurrence l’histoire a duré une grande année à ce que j’ai compris. C’est dur de ne pas juger en faveur ou pour l’un ou pour l’autre. Le détachement est pour moi la chose la plus difficile et j’utilise ce scandale pour bien remettre les frontières là où elles doivent être placées. C’est aussi un moyen pour le professeur de ne pas prendre en charge les émotions des élèves. Parfois on veut aider : on peut y arriver mais on se retrouve aussi parfois à porter sur ses épaules les projections, émotions des autres. J’appelle ça l’aspirateur à émotions. Je pense aussi que l’on pense toujours bien faire. Les Américains poussent la chose parfois à l’extrême mais il n’y a pas que du mauvais. Merci pour vos commentaires : vous êtes l’une des très rares et je suis toujours contente de voir que des personnes réagissent à ce qu’elles prennent le temps de lire … Merci !

      Aimé par 1 personne

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